Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

178  LA  GUERRE  DE  CRIMÉE  ET  SES  SUITES.
ainsi  l’adhésion  de  l’Autriche  ;  celle-ci  se  dérobant,  elles
consentirent,  par  le  traité  du  26  janvier  1855,  à  l’envoi  en
Crimée  d’un  contingent  de  15.000  Piémontais.
Cet  appui  ne  pouvait  pas  être  bien  décisif,  et  pourtant  il
fallait  prendre  des  mesures  pour  achever  le  siège  de  Sébastopol ­
  ;  les  Anglais  et  les  Français  ne  pouvaient  pas  consentir
à  un  échec  devant  cette  place  ;  il  y  allait  de  leur  prestige  en
Europe,  et  non  pas  seulement  de  la  solution  de  la  question
orientale.  Un  nouvel  emprunt  fut  contracté  par  le  gouvernement ­
  français  ;  l’armée  de  siège  fut  portée  à  130.000  hommes, ­
  par  un  renfort  de  troupes  d’Algérie  surtout  ;  le  général
Niel  y  fut  envoyé  pour  organiser,  avec  des  pouvoirs  spéciaux, ­
  les  travaux  d’approche.  Le  gouverneur  de  l’Algérie,
le  général  Pélissier,  caractère  très  résolu,  fut  nommé  au
commandement  en  chef  à  la  place  de  Canrobert.
L’empereur  Napoléon  III  songea  même  à  aller  en  personne ­
  devant  Sébastopol,  pour  en  finir  avec  les  compétitions ­
  de  personnes  qui  énervaient  le  commandement  et
précipiter  la  fin  de  ce  siège  déjà  trop  long.  On  en  parla
beaucoup  dans  les  cours  de  l’Europe;  le  gouvernement
prussien  prit  peur;  le  comte  de  Bismarck  prêtait  à  Napoléon ­
  III  l’idée  de  garder  Constantinople  et  d’y  restaurer  une
sorte  d’empire  latin  :  «  L’entreprise  est  baroque,  disait-il,
c’est  pour  cela  qu’elle  est  vraisemblable  ».
Le  gouvernement  anglais  détourna  Napoléon  de  cette
idée  ;  il  redoutait  que  sa  présence  en  Orient  n’assurât  trop
d’influence  à  la  France  et  n’effaçât  complètement  le  rôle
des  troupes  anglaises  devant  Sébastopol  :  elles  se  conduisaient ­
  bien  ;  mais  elles  étaient  moins  nombreuses  que  les
troupes  françaises,  et  leur  bravoure  était  déjà  éclipsée  par
celle  de  leurs  alliés.  D’ailleurs  les  conseillers  de  Napoléon ­
  III  lui  firent  comprendre  le  danger  qu’il  y  avait  à
s’éloigner  de  France,  l’assurance  nouvelle  que  prendraient
les  partis  hostiles  à  peine  vaincus,  les  graves  conséquences
que  pourrait  avoir  à  Paris  la  nouvelle,  même  fausse,  de
quelque  échec  en  Crimée,  le  bruit  inventé  de  la  mort  de
l’Empereur.  Il  y  allait  de  l’avenir  même  de  la  nouvelle
dynastie  à  peine  fondée.  L’empereur  ne  partit  pas.
Nicolas  I*‘‘  mourut  le  2  mars  1855.  Il  était  fatigué  d’un
règne  très  rempli,  où  les  déboires  ne  lui  avaient  pas  manqué, ­
  dont  les  résultats  étaient  minimes,  malgré  une  grande
dépense  d’énergie.  Il  était  épuisé  par  la  guerre  actuelle,
qui  ne  pouvait  se  terminer  que  par  la  défaite  de  la  Bnssie  :
            
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