144 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
la théorie sociologique qui veut expliquer l’évolution
sociale par /’imitation, par des « ondes imitatives ». Cer
tainement, les hommes s’imitent réciproquement ; mais
si nous voulons savoir pourquoi ce sont tantôt les
ancêtres, tantôt les révolutionnaires, tantôt les nationaux,
tantôt les étrangers dont l’exemple est suivi, nous
devons en rechercher les causes dans le milieu social,
et non, comme Tarde le voudrait, dans les imitations
individuelles (1). Ce ne sont pas des causes psychologiques,
mais des changements du milieu qui forcent l’humanité
à chercher de nouvelles voies d’adaptation. La technique
n’est rien autre qu’un mode d’adaptation.
Si nous voulons trouver les forcés motrices de l’évo
lution économique, nous ne devrons pas comme on le
fait généralement, les chercher dans des époques où un
nouveau système est déjà en plein développement. Car
alors les différents éléments sont si embrouillés, qu’il
est impossible de distinguer l’essentiel de l’accessoire.
Nous devons pour arriver à un résultat observer la
société lors de son passage d’un stade à l’autre. Et
ici la première observation que nous faisons est celle
que la loi d’inertie, — comme l’a déjà constaté Gumplo-
wicz (2) — s’applique aux groupements sociaux comme
aux êtres et aux objets de la nature.
Il n’y rien de plus faux que de croire qu’il y a dans
l'homme un instinct inné qui le pousse continuellement
à des progrès. C’est justement le contraire que l’histoire
(1) G. Tarde. Les lois de Limitation. Paris, p. 50.
(2) P. Gumplowicz. Précis de sociologie. Paris 1896 p. 134 ss.