' 184 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES,
voulues de la diplomatie turque, sou inconsciente et natu
relle déloyauté, est faite pour lasser la patience des histo
riens comme celle des diplomates.
IL — La politique des réformes.
S’il est une période au xix* siècle où l’influence française
ait été particulièrement grande à Constantinople, c’est celle
qui s’ouvre après le traité de Paris. Elle s’y manifesta par
une politique dont il est intéressant, surtout aujourd’hui, de
rechercher les principes. Certes son action fut troublée par
des oppositions variées, par des complications sans cesse
renaissantes, et aussi par des traditions contradictoires. Le
gouvernement français y voulut rester fidèle à son alliance
séculaire avec la Porte, qui avait puissamment contribué
aux plus beaux succès de la diplomatie des rois de France,
et qui était pour lui une précieuse garantie de l’équilibre
européen. 11 voulut aussi rester fidèle à ses sympathies plus
anciennes encore pour les chrétiens du Levant, fortifiées
par le développement des idées libérales, par la haine de
toute tyrannie, parla renaissance des nationalités. De là ce
double caractère du traité de Paris : d’une part, intégrité de
l’empire ottoman; de l’autre, nécessité d’assurer aux chré
tiens de cet empire les libertés indispensables. Il est difficile
d’affirmer que la politique française ait réussi à concilier ces
deux termes, peut-être inconciliables, et, en dépit du prin
cipe de l’intégrité, la France dut maintes fois favoriser
l’autonomie des diverses nationalités de l’empire du sultan.
La difficulté d’assurer des réformes sérieuses dans cet
empire eût rebuté des alliés moins résolus et moins patients.
Sans cesse, les puissances européennes essayèrent de faire
comprendre à la Sublime Porte qu’il fallait modifier son
administration, améliorer la condition de ses sujets; sans
cesse, il leur fallut se plaindre de l’oubli des engagements
pris, de l’insuffisance des résultats obtenus, au point que,
maintenant même, on peut se demander, après un siècle
d’efforts, si l’on ne se heurte pas là à une impossibilité
absolue. Jamais, même dans ces dernières années, la poli
tique des réformes ou du Tanzimàt n’a été poursuivie avec
plus de constance et dans des conditions plus favorables que
dans les années qui suivirent le Congrès de Paris, et, sans
prétendre tirer de ce qui se passa alors des conclusions