Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES MASSACRES D’ARMÉNIE. 
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arménienne était d’ailleurs particulièrement vivace. Les 
misères subies, les révolutions traversées l’avaient fortement 
trempée ; elle n’avait pas consenti, comme la plupart des 
tribus du Caucase, à disparaître dans la masse des conqué 
rants. Elle avait pris dans l’oppression une originalité plus 
remarquable. 
Les Arméniens ont leur église, distincte de l’église grecque 
et de l’église latine, constituée au v* siècle par Saint Gré 
goire rilluminateur. Ils ont leur pontife suprême, le Catho- 
licos d’Etchmiadzin, leurs prêtres mariés, leurs moines 
enfermés dans des monastères vénérés, leurs écoles que ce 
clergé administre et dont il dirige l’enseignement, leurs 
poètes qui recueillent les légendes et les chants populaires 
de la montagne et évoquent les souvenirs de la gloire 
passée. Il y a parmi eux des Arméniens catholiques, ou 
Arméniens-Unis, qui reconnaissent la suprématie du pape 
de Rome et sont ainsi directement protégés par la France ; 
eux-mêmes sont fidèles à l’idée nationale, mettent leur acti 
vité et leur fortune à son service, et, s’ils n’admettent pas 
le catholicos comme chef spirituel, ils le reconnaissent 
comme le représentant de la « patrie » ‘. 
La nationalité arménienne manifesta sa renaissance d’une 
éclatante façon par la rédaction de la Constitution de 1860. 
Elle établissait d’abord les devoirs des nationaux : « parti 
ciper aux frais de la nation, et la servir chacun selon son 
pouvoir, obéir à ses ordres et à ses lois, » — et les devoirs 
de la nation ; « veiller aux besoins moraux, intellectuels 
et matériels des nationaux, conserver la tradition et la foi 
de l’Église nationale grégorienne, propager l’instruction 
sans distinction de classe ni de sexe, contribuer sans cesse 
au progrès général ». Elle proclamait ensuite le suffrage 
universel et l’élection à toutes les charges, instituait à 
Constantinople une Assemblée nationale arménienne de 400 
membres, élue pour 10 ans et chargée de contrôler toute 
l’administration de la nation. Elle confiait le pouvoir au 
eatholicos, assisté de deux conseils, l’un religieux, l’autre 
laïque, tous deux nommés par l’Assemblée 
Cette constitution fut ratifiée par la Porte le 17 mars 
1863. En ce temps, le sultan, qui n’était pas Abd-ul-Hamid 
1. P. Moräne, Au seuil de l’Europe, les Arméniens du Caucase. — 
Correspondant du 10 avril 1897. 
2. V. Bérard, La politique du sultan, p. 133-137.
	        
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