Object: Oeuvres complètes

CH. XX. — DES PK01‘KIÉTÉS DE LA VALEÜU ET DES RICHESSES. 259 
doctrine que j’ai émise relativement à la valeur. Au rang des ser 
vices produetifs il place ceux qu’on retire de la terre, du capital, 
du travail : je n’admets, moi, à l’exclusion complète de la terre, 
que le capital et le travail. La différence provient ici de la diversité 
de nos vues sur la rente territoriale. Je la considère, moi, comme le 
résultat d’un monopole partiel qui, loin de régler les prix, en subit 
au contraire l’inlluence. Je crois que si tous les propriétaires renon 
çaient , par un généreux effort, à toutes leurs rentes, le prix des 
produits agricoles ne laisserait pas : car il y aurait toujours une cer 
taine proportion de ces produits créés sur des terres qui ne paient 
pas et ne peuvent pas payer de rentes, —l’excédant du produit sur 
les frais suffisant à peine pour couvrir les profits du capital. 
Pour conclure, et quoique personne n’estime plus haut que moi 
les avantages qui peuvent résulter pour toutes les classes de consom 
mateurs de l’abondance et du bas prix réel des marchandises, je 
ne puis tomber d’accord avec M. Say quand il évalue le prix d’une 
marchandise par l’abondance des autres marchandises contre lesquel 
les elle s’échange. Je suis, à cet égard, de l’avis d’un écrivain dis 
tingué, M. Destutt de Tracy, qui dit que « mesurer une chose, c’est la 
(omparer avec une quantité donnée de cette autre chose qui nous 
sert de terme de conq)araison, d’étalon, d’unité, ilesurer, déterminer 
une longueur, une valeur, un poids, c’est donc rechercher combien 
ils contiennent de mètres, de francs, de grammes, eu un mot, d’uni 
tés d’une même nature » Le franc n’est une mesure de valeur, que 
pour une certaine quantité du métal dont sont faits les francs, à moins 
que les francs et la chose qu’on doit mesurer ne puissent être rappor 
tés à quelqu’autre mesure commune aux deux. Or, je crois qu’on 
peut effectivement trouver ce terme de comparaison , car les francs 
et la marchandise déterminée étant le résultat de la môme somme de 
travail, le travail peut être considéré comme une mesure commune 
servant à déterminer leur valeur réelle et relative. Ceci, je suis heu 
reux de le dire, me parait être aussi l’avis de M. Destutt de Tracy. 
11 dit : « Comme il est certain que nos facultés physiques et morales 
sont nos seules richesses primitives, l’emploi de ces facultés consti 
tue aussi notre seul trésor à l’origine des sociétés ; et c’est par consé- 
' Elévmits d’idéologie^ c. iv, p. 99. Dans cet ouvrage, M. de Tracy a groupé, 
d’une manière utile et habile, les principes généraux de l’économie politique, et 
je suis fâché d’ajouter qu’il y fortifie, par son autorité, les définitions que nous a 
données M. Say de la valeur, des richesses, et de l’utilité.
	        
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