Full text : Oeuvres complètes

XX

NOTICK  sun  LA  VIE  Kl  LES  ECU  ITS
,)  ne  sache  aucune  recherche  scientifique  qui  fait  intéressé.  «  Ce  qui  ne
veut  pas  dire  que  la  sévère  analyse  des  hommes  et  des  choses  n’ait  de  tout
temps  préoccupé  Ricardo  ;  mais  ce  qui  veut  dire  que  ses  études  se  tirent
sur  le  vif,  sur  la  réalité  avant  de  se  faire  dans  les  ÜNies,  et  qu’il  lui
fallut  le  calme  insouciant  de  l’opulence  pour  l’attacher  à  telle  ou  telle
science.  .
Quoi  qu’il  en  soit,  lancé  dans  cette  voie  il  ne  s’arrêta  plus.  Son  intelligence ­
  si  longtemps  contenue  s’adressa  à  toutes  les  branches  des  connaissances ­
  humaines,  les  remua  toutes  et  s’étendit  dans  cette  forte  gymnastique.
Ainsi,  on  le  voit  retremper  sa  logique  dans  les  mathématiques  et  s  initiei
aux  sévères  combinaisons  de  la  géométrie.  Puis,  entraîné  par  l’étude  des
faits  naturels,  on  le  suit  dans  son  laboratoire  où  il  compose  et  décompose
les  corps,  et  où  il  demande  aux  atomes  le  secret  des  grandes  métamorphoses ­
  du  globe.  Pendant  des  journées  entières  il  se  renfermait  au  milieu  de  ses
riches  collections  de  minéraux  et  de  ses  matras  :  faisant  l’honneur  de  ce  qu’il
vient  d’apprendre  avec  une  joie  toute  naive,  qui  sent  fort  son  apprenti
savant,  et  se  delectant  surtout  dans  des  expériences  sur  félectricite  et  sur
la  lumière.  Portant  jusque  dans  ces  récréations  austères  l’esprit  utilitaire
que  J.  Bentham,  philanthrope  profond  et  incompris,  avait  mis  a  la  mode,  il
démontrait  par  un  essai,  hardi  alors,  la  possibilité  d  employer  le  ga/  poui
l’éclairage  des  rues  et  des  maisons.  Et  tandis  que  les  savants  se  livraient
entre  eux  et  avec  les  marchands  d’huile  et  les  routinier.s,  menacés  de  voir
plus  clair,  une  guerre  acharnée  d’arguties  et  de  quolibets,  il  se  contentait
pour  tout  argument  d’installer  des  becs  dans  une  de  ses  habitations,  —  répondant ­
  ainsi  par  la  lumière  même  a  ceux  qui  croyaient  à  l’impossibilité  de
l’obtenir.  Le  matin,  il  dirigeait  les  intérêts  de  son  immense  clientelle,  le
soir,  il  se  consacrait  a  lui-même  et  a  la  recherche  de  quelque  théorie  nouvelle. ­
  Et  comme  pour  prouver  par  un  exemple  saisissant  que  les  facultes
positives  s’allient  tres-bien  aux  facultés  artistiques,  et  qu’il  n’est  pas  tout
a  fait  essentiel  de  ne  pas  écrire  gracieusement  pour  savoir  la  géologie  ou  les
quatre  règles,  il  se  livrait  avec  joie  à  des  études  littéraires  de  l’ordre  le
plus  élevé.  ¡Nousne  savons  s’d  a  composé  des  quatrains  comme  1  auteur  de  la
pluralité  des  mondes,  des  opéras  comiques,  comme  f  austere  Rousseau,  des
romans  galants,  comme  le  grave  Montesquieu,  des  pages  éclatantes  de
grandeur  poétique,  comme  celles  de  Goethe  et  de  Cuvier,  tous  deux  génies ­
  positifs  et  sévères  à  ce  qu’il  nous  semble;  mais  nous  savons  que  la
lecture  de  Shakespeare  le  plongeait  dans  des  ravissements  infinis,  cl  nous
eu  concluons  qu’il  avait  une  de  ces  intelligences  privilégiées  qui  compiennent
  fart  a  l’égal  de  la  science,  et  qui,  mariant  la  terre  et  les  deux,  savent ­
  que  le  compas  d’un  géomètre  peut  devenir  une  lyre  ou  un  pinceau
entre  les  mains  de  Pythagore  et  de  Léonard  de  Vinci.
Le  moment  approchait  cependant  ou  après  avoir  remue  toutes  les  sciences, ­
  il  allait  concentrer  sa  pensée  sur  celle  dont  f  élude  devait  remplir  et
            
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