Full text: Oeuvres complètes

CHAP. XIX. — DES CHANGEMENTS DANS LES VOIES DU COMM. 2il 
aussi prolongée par les restrictions et prohibitions auxquelles don 
nent naissance les jalousies absurdes qui existent entre les différents 
états de la république commerciale. 
La détresse qui provient d’un changement dans les voies du com 
merce est souvent confondue avec celle qui accompagne une diminu 
tion du capital national et un état rétrograde de la soeiété ; et il serait 
dillicile d’indiquer des signes certains au moyen desquels on put 
distinguer l’une de l’autre. 
Cependant, lorsque cette détresse se fait sentir immédiatement à 
la suite du passage de la guerre à la paix, la connaissance que nous 
avons de l’existence d’une pareille cause rend très-probable cette 
opinion que les fonds pour l’entretien des travailleurs ont plutôt été 
détournés de leurs canaux ordinaires que notablement entamés, et 
fait espérer qu’après quelques souffrances passagères, la nation re 
prendra de nouveau sa prospérité. Il faut aussi se rappeler que l’état 
rétrograde d’une nation est toujours un état anormal. L’homme 
parvient de l’enfance à l’âge viril, et alors il décline jusqu’à la mort j 
mais cette marche n’est pas celle des nations. Une fois qu’elles sont 
parvenues à leur plus grande force, il se peut qu elles ne puissent 
plus avancer au delà de ce terme; mais leur tendance naturelle est 
de continuer pendant des siècles à maintenir leur richesse et leur po 
pulation dans le même état de prospérité. 
Dans les pays riches et puissants, où il y a de grands capitaux 
placés en machines, la détresse provenant d’un changement de di 
rection dans le commerce sera plus sensible que dans des pays plus 
pauvres, où il y a proportionnellement une moindre valeur en capi 
tal lixe, et une plus grande en capital circulant, et où par conséquent 
il se fait plus d’ouvrage par la main des hommes. Il n’est pas aussi 
dillicile de retirer un capital circulant qu’un capital fixe, de l’emploi 
dans lequel il peut être engagé. Il est souvent impossible de faire 
servir à un genre de manufacture les machines construites pour un 
autre; mais l’habillement, la nourriture et le logement d’un ouvrier 
quelconque, peuvent lui servir également dans toute branche de tra 
vail ; — en d’autres termes, le même ouvrier peut recevoir la même 
nourriture , le même habillement. le même logement, quoiqu’il soit 
employé à un autre genre d’occupation. Ce mal est cei>endant un de 
ceux auxquels une nation riche doit se soumettre, et il ne serait pas 
plus raisonnable de s’en plaindre, qu’à un riche négociant de s’affliger 
que son navire soit exposé aux dangers de la mer, pendant que la 
chaumière de son pauvre voisin se trouve à l’abri de tout risque. 
{OEm\ (le Hieardo.) IC
	        
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