Full text : Oeuvres complètes

XXXII

NOTICK  SUH  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
Tout  cela  n’est  pas  du  sentiment,  à  coup  sûr.  Les  centimes  additionnels
ne  sont  pas  un  mythe,  les  filles  et  petites-filles  de  Law  ont  un  extrait  de
naissance  parfaitement  authentique,  les  sommes  retirées  cent  fois  par  l’Échiquier ­
  à  la  Banque  d’Angleterre  n’ont  rien  de  fabuleux  que  nous  sachions,
et  les  millions  de  nos  fortifications  existent,  ou  plutôt  ont  existé  ailleurs  que
dans  notre  imagination  Les  orgies  financières  les  plus  déplorables  de  l’Amérique ­
  n’ont  rien  qui  se  puisse  comparer  à  ces  dilapidations  officielles,  et
au  moins  ont-elles  laissé  derrière  elles,  après  de  déchirantes  convulsions,
des  monuments  grandioses  et  d’immenses  richesses.  De  tous  les  milliards
dépensés  par  Pitt,  par  Napoléon,  par  la  Russie,  que  reste-t-il?  Des  lauriers ­
  tachés  de  sang,  des  hommes  en  lambeaux,  veillant  sur  des  drapeaux
glorieusement  troués,—  un  peu  de  gloire  et  de  lourdes  dettes  !
Nous  serons  donc  toujours  fort  peu  empressés  à  confier  à  des  fonctionnaires ­
  publics  ,  quels  qu’ils  soient,  la  mission  de  pourvoir  à  la  circulation
monétaire  du  pays  ,  d’autant  plus  que  le  crédit  privé  nous  semble  de  nature ­
  à  présenter  des  garanties  plus  que  suffisantes.
A  moins  d’admettre  ,  en  effet,  que  les  actionnaires  et  les  directeurs  de  |
Banques  soient  doués  d’aliénation  mentale  ou  d’un  désir  violent  de  perdre  j
leur  fortune,  il  faut  bien  reconnaître  qu’ils  introduiront  dans  leurs  opéra-  ,
tions  une  prudence  éclairée  et  sage.  Dès  le  moment  où  il  sera  parfaitement  *
établi  que  le  fonds  social  sert  de  garantie  réelle  aux  émissions,  on  peut
être  sûr  que  ces  émissions  se  feront  avec  mesure,  et  que  la  réserve  en  numéraire ­
  suffira  pour  conserver  aux  billets  de  banque  leur  valeur  primitive. ­
  Dans  les  plus  grands  entraînements  de  la  spéculation  ,  il  y  aun  fonds
sérieux,  positif,  réfléchi,  et  quand  une  association,  un  homme  se  jettent
tête  baissée  dans  les  périls  d’une  entreprise,  il  est  à  croire  qu’ils  n’ont  pas
immensément  à  risquer.  Si  les  Banques  américaines  ont  répandu  à  profusion
leur  papier,  c’est  que  ce  papier  ne  reposait  sur  aucune  base  solide,  accessible
à  des  créanciers  ;  c’est  qu  elles  se  réunissaient  entr’elles  pour  constituer  un  ;
fonds  social,  —  lequel  fonds  social  elles  se  prêtaient  au  besoin,  comme  cette
dent  fameuse  et  unique  que  se  repassaient  les  Gorgones.  On  savait  vaguement ­
  alors  qu’on  vivait  sur  un  malentendu  ;  mais  on  trouvait  agréable  un
malentendu  qui  donnait  du  travail  à  des  populations  entières,  et  on  laissa  le
charme  se  rompre  de  lui-même.  Que  si  ces  prétendues  Banques  avaient  eu
pour  les  étayer  une  réunion  d’actionnaires  opulents,  elles  n’auraient  pas  j
ris(|ué  leur  capital  contre  des  signatures  chimériques,  et  elles  auraient  sévè'
rement  constitué  leur  comité  d’escompte.  Dans  de  telles  conditions,  lorsque  ■
vient  la  crise,  toute  Banque  attend  le  choc,  protégée  par  un  double  bouclier  ;  ]
—son  numéraire,  ses  échéances  ;—et  quant  au  porteur,  avant  que  le  désas-  '
tre  l’atteigne,  il  faut  que  le  papier  escompté  ait  presque  complètement  péri  j
dans  la  tourmente,  par  la  faillite  des  souscripteurs,  et  il  faut,  de  plus,  que  <
tout  le  capital  de  la  Baïupie  ait  été  épuisé  en  remboursements.  Des  secousses  !
assez  terribles  pour  ébranler  les  plus  fortes  situations  commerciales  et  pour
            
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