Full text : Oeuvres complètes

XXXVI

NOTICK  sun  LA  VIE  ET  LES  ÉCRITS
C’est  pour  avoir  voulu  faire  de  rémission  du  papier  une  œuvre  presque
surhumaine  que  l’on  a  fait  surgir  les  rêveries  étranges  de  MM.  Muntz,
Spooner,  Salt,  tous  meneurs  de  l’Anti-gold-law  league  et  de  l’école  de  Birmingham. ­
  L’Anti-gold-law-league  (ligue  contre  les  monnaies  d’or)  est  la
mise  en  scène,  l’action  dont  l’école  de  Birmingham  est  la  théorie.  Elle  a
pour  principe  que  la  monnaie  métallique  est  une  monnaie  des  plus  dispendieuses,— ­
  ce  qui  est  vrai;  qu’elle  ne  vaut  que  comme  signe  des  valeurs,—  ce
qui  est  faux  ;  et  qu’il  est  grand  temps  d’adopter  comme  agent  unique  de  la
circulation  ,  un  papier  que  l’État  émettrait  dans  des  proportions  diverses,
sans  avoir  égard  aux  besoins  du  commerce,—  ce  qui  est  tout  simplement
absurde  et  dangereux.  11  y  a  plus,  ce  papier  serait  Inconversible,  vu  que
suivant  ces  séduisantes  idées  ,  la  monnaie  est  chose  purement  conventionnelle, ­
  (sic).  De  sorte  que  la  science  monétaire  serait  une  sorte  d’alchimie,
extrayant  de  quelques  monceaux  de  papier,  des  monceaux  de  richesses.
Le  fanatisme  est  même  allé  si  loin  dans  cette  voie,  qu’un  adversaire  de  la
conversibilité  des  billets  en  espèces  donnait,  il  y  a  quelques  années,  de  la
monnaie  métallique  cette  incomparable  définition  :  —  Le  numéraire  n’est
qu'une  monnaie  de  papier  sagement  conduite  et  renfermant  une  certaine
PROPORTION  DE  METAL.  CettC  CERTAINE  PROPORTION  DE  METAL  n’CSt-elle
pas  ravissante,  et  n’indique-t-elle  pas  vers  quels  étranges  excès  serait
entraînée  une  société  qui  construirait  pour  ainsi  dire,  en  papier  peint,  1  é'
difice  de  sa  circulation?  Bien  d’aussi  extravagant  n’avait  été  dit  depuis  le
jour  où  l’on  apprit  dans  la  science  ethnologique  que  les  nègres  sont  une
colonie  de  Tartares  qui,  dans  leur  émigration  en  Afrique,  ont  un  peu
changé.
Ni  Ricardo,  ni  MM.  Faucher,  Chevalier,  d’Audiffret  n’arrivent  à  des
systèmes  aussi  fantastiques.  Ils  savent  fort  bien  quelles  fonctions  accomplit
la  monnaie;  mais  en  investissant  l’État  du  rôle  de  régulateur  de  la  monnaie, ­
  en  lui  accordant  ce  privilège  impossible  de  resserrer  et  relâcher  à  volonté ­
  l’écrou  des  escomptes,  de  mesurer  la  dose  du  numéraire  qu  il  faut
aux  échanges,  ils  ont  rêvé  une  organisation  qui  est  devenue  un  véritable ­
  délire  dans  des  imaginations  moins  fortes  et  moins  élevées.  Pour
nous,  voici  commuent  se  résume  cette  vivante  question  :—La  conversion  des
billets  en  espèces,  ou  en  lingots,  suivant  l’habile  expédient  de  Ricaixlo,  est
'  une  condition  essentielle;  car  le  papier  c’est  l’ombre,  l’or  et  l’argent  sont
la  substance  de  la  circulation.  La  base  de  tout  le  système  des  Banques,  c  est
la  solidité  du  papier  qu’elles  escomptent;  la  garantie  de  leurs  engagements,
c’est  la  réalisation  du  fonds  social  ;  c’est  un  contact  plus  fréquent,  plus  intime ­
  avec  les  porteurs  de  billets.  Ces  bases  assurées,  le  crédit  d’un  pays
reste  debout  au  milieu  des  plus  fortes  secousses  ;  mais  si  l’une  d’elles  manque, ­
  le  crédit  n’a  plus  qu’un  avenir  problématique  et  ne  repose  plus  que
sur  un  coup  de  dé.
Une  gracieuse  légende  éclose  dans  ces  siècles  où  la  poésie  était  toute  la
science,  les  fabliaux  toute  la  philosophie,  une  légende,  donc,  nous  apprend
            
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