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LE HAUT PRIX DES LINGOTS,
ce genre, si facile à démasquer et en même temps si
« fatale. »
Iæs observations du docteur Smith, relativement à un numéraire
dégradé, s’appliquent également à une circulation de papier dépré
cié. Il n’a fait qu’effleurer la liste des conséquences désastreuses qui
accompagnent l’altération de la monnaie ; mais il nous a assez élo
quemment mis en garde contre des expériences aussi dangereuses.
Ce serait un spectacle à jamais déplorable que de voir notre grande
nation, en face des conséquences produites en France et en Amérique
par une circulation de papiers à cours forcé, persévérer dans un sys
tème gros de tant de catastrophes. Espérons mieux de sa sagesse.
On dit, il est vrai, que les cas sont différents, que la banque d’An
gleterre est indépendante du gouvernement. Quand cette assertion
serait légitime, on n’en ressentirait pas moins les maux d’une circu
lation exagérée. Mais il est permis de se demander si une banque, qui
prête au gouvernement bien au delà de son capital et de ses épargnes,
peut se dire indépendante de ce gouvernement.
Quand on jugea nécessaire de publier, en 1797, l’édit portant sus
pension des paiements en espèces, l’irruption soudaine sur la ban
que fut, selon moi, exclusivement provoquée par une frayeur politi
que et non par une exubérance ou, comme d’autres l’ont prétendu,
une insuffisance de billets en circulation *.
Ce sont là des dangers auxquels la banque est assujettie par la na
ture même de ses institutions. 11 n’eùt peut-être pas été possible à la
prudence des directeurs de les conjurer. Mais, si leurs prêts au gou
vernement avaient été plus restreints, s’ils avaient persisté à escomp
ter au public la même somme de billets, ils auraient certainement pu
faire face à leurs paiements jusqu’au moment où l’alarme se fût dis
sipée. En tous cas, comme les plus longues échéances admises à
l’escompte par la banque sont de soixante jours, et comme les débi
teurs sont tenus de liquiderTèùrs obligations à cette époque, les di
recteurs, s’il y avait eu nécessité, eussent été à même, pendant ce
délai, de faire rentrer tous les billets en circulation. Ea restriction
naquit alors de liens trop intimes entre la banque et le gouverne
ment : elle se continue aujourd’hui sous l’influence de la même cause.
Pour conjurer les périls qui peuvent accompagner la perpétuité d’un
A cette époque le prix de l’or se tint constamment au-dessous du prix à la
monnaie.