Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.
Voulez-vous  entrer  avec  nous  dans  une  maison  hongroise?  Suivez-nous.
C’est  une  jeune  fille  qui,  sur  notre  demande,  nous  a  ouvert  la  porte  de
1  enclos,  derrière  lequel  elle  se  tenait  au  moment  où  nous  passions.  Dieu!
quelle  est  gentille  avec  ses  jolies  hottes  rouges  qui  ressemblent  aux  deux
battants  de  la  clocle  peinturlurée  que  forment  autour  de  sa  taille  une  demidouzaine
  de  jupons  empesés  et  fleuris!  Les  tresses  de  ses  magnifiques  cheveux ­
  noirs,  entrelacées  de  rubans  verts  et  rouges,  pendent  comme  des  cordons ­
  de  sonnette  le  long  de  son  dos.  Notre  curiosité  fait  sourire  ses  lèvres
rouges  comme  des  cerises;  et  si  elle  nous  a  ouvert,  c'est  parce  que,  dans
ce  pays  arriéré,  fhospitalité  veut  qu’on  ouvre  à  l’étranger.
Entendez-vous  ces  grognements  au  fond  de  la  cour?  C’est  notre  présence
qui  intrigue  l'étable  à  porcs  et  y  jette  autant  d’émoi  qu’une  fausse  nouvelle ­
  sous  le  péristyle  de  la  Bourse  de  Paris.  Autour  du  puits,  les  oies
dorment,  la  tête  sous  l’aile,  tandis  que  les  pigeons  roucoulent  sur  le  toit  du
grenier.  Entrons.  Nous  voici  dans  la  cuisine,  soigneusement  blanchie  à  la
chaux  chaque  printemps,  et  au  milieu  de  laquelle  trône  un  grand  foyer
carré,  de  quatre  pieds  de  haut.  Les  poêles  et  les  casseroles  y  brillent  par
leur  absence,  et  sont  remplacés  par  de  gros  pots  de  terre;  mais  les  murs
sont  artistement  décorés  de  beaux  plats  fleuronnés,  de  pots  au  couvercle
d’étain  poli  et  de  tasses  peintes.  A  gauche  et  à  droite  de  la  cuisine,  deux
chambres  proprettes,  meublées  avec  une  simplicité  modeste,  dénotent  un
bien-être  qui  fait  plaisir  à  voir.  Un  banc  de  chêne,  fixé  au  mur,  règne
autour  de  chaque  pièce.  Dans  un  coin,  un  lit  très-bas  élève  ses  coussins  de
plume  jusqu’au  plafond.  Ces  coussins  en  étoffes  de  toutes  couleurs  sont  le
luxe  des  maîtresses  de  maison  hongroises.  Une  armoire  en  noyer,  fabriquée
par  le  menuisier  du  village,  renferme  comme  un  précieux  trésor  le  linge
tissé  pendant  l'hiver.  Le  poêle  de  terre,  sur  lequel  on  se  couche  quand  il
fait  très-froid,  est  un  monument;  il  occupe  la  place  d  honneur.  Une  étagère ­
  sur  laquelle  sont  rangés  des  verres  et  des  tasses,  un  petit  miroir,  un
christ  ou  une  vierge,  des  lithographies  représentant  Napoléon  I er ,  François-Joseph
  en  costume  de  roi  de  Hongrie  et  Deack,  complètent  1  ameublement.
Ayant  pris  congé  de  la  jeune  fille,  nous  continuâmes  notre  excursion
dans  le  village.
Plus  loin,  nous  rencontrâmes  une  femme  qui  remettait  une  lettre  à  deux
jeunes  garçons.  Ceux-ci  étaient  nu-pieds,  avec  les  larges  pantalons  hongrois, ­
  et  le  petit  chapeau  orné  d’une  plume  de  coq.
Les  maisons  se  ressemblent  toutes  et  ne  portent  pas  de  numéros,  de
sorte  qu  il  est  bien  difficile  de  s’y  retrouver.  Dans  certains  gros  hameaux,
pour  remédier  à  cet  inconvénient,  les  paysans  ont  fait  une  croix  en  couleui

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