Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

ton  goguenard.  Tu  vas  nous  danser  quelque  chose  !  Tu  trembles,  tu  as  froid  ;
une  czardas  1 ,  ça  te  réchauffera...  Allons,  là-bas,  en  avant  la  musique!
Quatre  d’entre  les  bandits  s  avancèrent  avec  des  violons  et  des  cornemuses. ­

—  Votre  Grâce,  je  vous  assure,  criait  le  juif  en  tournant  des  yeux
suppliants  vers  Mylfait,  je  vous  assure  que  je  n  ai  jamais  appris  à  danser  ;
je  ne  sais  pas  la  czardas.
—  Ah  !  tu  ne  sais  pas  la  czardas  !  Tu  refuses  de  nous  donner  le  petit  divertissement ­
  que  nous  attendions  de  toi  ?  Eh  bien,  il  nous  faut  une  compensation.
—  Laquelle?  demanda  le  pauvre  diable  d’un  ton  plein  d’angoisse.
—  \a  te  mettre  là-bas,  contre  ce  chêne;  tiens,  coiffe-toi  de  ton
chapeau,  ajouta  Mylfait  en  lui  jetant  son  couvre-chef  dont  il  s  était  aussi
emparé,  et  ne  bouge  pas  !
—  Si  Votre  Grâce  voulait  me  dire  dans  quel  but...
—  Ab  !  tu  raisonnes!  Allons,  qu’on  l’emmène  de  force  et  qu’on  le  tienne.
Pendant  que  deux  bétyars  s’emparaient  du  juif  et  le  conduisaient  à
l’arbre  désigné,  Mylfait  chargeait  le  fusil  à  deux  coups  qu’il  avait  fait  passer
des  mains  de  son  hôte  dans  les  siennes.
—  Je  vais  essayer  la  justesse  de  ton  arme  sur  ton  chapeau;  veux-tu
qu’on  te  bande  les  yeux?  demanda-t-il  au  prisonnier.
—  Au  nom  du  ciel,  Votre  Grâce,  épargnez-moi  !  Pitié  pour  ma  femme,
pitié  pour  mes  enfants  !  hurlait  le  malheureux.
Mylfait  fut  inflexible.  Il  leva  lentement  son  arme,  fit  semblant  de  viser
le  chapeau  et  tira.  La  balle  alla  briser  une  branche  an-dessus  de  la  tête  du
juif,  qui,  se  croyant  mort,  chancela  et  s’affaissa.
—  Va,  tu  n’es  qu’un  lâche,  lui  dit  le  chef  de  brigands.  Et  il  le  laissa
s’en  aller.
Gomme  M.  L...  achevait  cette  anecdote,  l'horloge  sonna  une  heure  du
matin.
Et  maintenant,  me  dit—il,  si  nous  allions  chacun  nous  coucher,  comme
dans  la  chanson  de  Marlborough?
Pour  moi,  je  serais  volontiers  resté  debout  jusqu’au  jour,  si  M.  L...  avait
voulu  continuer  ses  histoires.
—  Bonne  nuit,  me  dit-il,  en  m  accompagnant  jusqu’à  la  porte  de  ma
chambre,  et,  si  vous  rêvez  de  bétyars,  tâchez  de  vous  rappeler  qu  il  v  a
à  ma  maison  des  grilles  de  fer  aux  fenêtres,  deux  portes,  dont  une  doublée
de  fer,  dans  ma  chambre  des  fusils,  et  dans  la  cour  un  gros  chien.
1  La  czardas  est  la  danse  nationale  hongroise.
            
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