DK L’ADRIATIQUE Aü DANUBE. 1S5
La salle à manger, elle aussi, était toute riante de gaietés matinales, et
ses murs blanchis à la chaux semblaient faits avec de la crème, comme
pour vous mettre en appétit. Sur un dressoir, de la vieille vaisselle hon
groise, à fond fleuri comme une pelisse de paysanne, scintillait de reflets
métalliques. Les têtes de chiens et de femmes en porcelaine, servant de
pots à tabac et rangées sur un guéridon, devant un râtelier de pipes, parais
saient vivre dans l’éclair d’un rayon de soleil. Juché au haut du poêle de
pierre, construit en pyramide, le petit tonneau de verre dans lequel on
conserve l’eau-de-vie luisait de nuances exquises, irisées et frissonnantes
comme le cristal liquide d’un ruisseau. Une grosse horloge, flanquée de
gravures de journaux illustrés encadrées dans des baguettes noires, étalait
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La cuisinière poursuivait deux poulets.
dans l’auréole d’un jeu de lumière son large cadran blanc, pareil à un
ventre de porcelaine. Pendant qu’une robuste domestique, les pieds et les
bras nus, ses cheveux blonds éclairés comme une broussaille en feu, nous
servait, M. L... me dit :
— Voici comment nous allons employer notre matinée : nous irons
d abord visiter les demeures de la domesticité, nous ferons ensuite une
course dans le domaine, et à onze heures, nous partirons pour Nagy-Atad.
Le déjeuner fini, je passai dans la cour, où le cocher attelait les chevaux,
et où la cuisinière poursuivait deux malheureux poulets condamnés à
mourir dans la fleur de l’âge.
Quel joli sujet de croquis que la cour d’une maison hongroise, avec son
enceinte de terre, son jardin potager, son puits â la haute poutre en forme
de potence, ses écuries, ses étables â porcs que les melons décorent de
leurs larges feuilles et de leurs globes d’or, son poulailler criard, ses chiens