Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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DE  1/'A  ü  KI  ATI  Q  OE  AU  DANUBE.  * 7
Cette  fois,  des  aboiements  formidables  se  firent  entendre;  mais  comme
les  aboiements  continuaient  sur  une  gamme  montante,  et  qu'il  n'était  pas
facile  de  parlementer  avec  celui  qui  les  poussait,  nous  nous  mîmes  tous
deux  à  crier  :  «  Signor  Antonio,  ohé  !  Signor  Scarpa,  Scarpeto,  Scarpetino!  »
A  ces  appels  réitérés,  la  porte  solidement  barricadée  à  l'intérieur  s’ouvrit
toute  grande,  encadrant  un  jeune  homme  à  la  mine  intelligente,  aux
manières  distinguées.
—  M.  Scarpa  Antonio?  lui  dis-je  en  lui  présentant  ma  lettre.
—  C’est  moi,  monsieur.
—  Enfin!  m’écriai-je  Voilà  trois  heures  que  je  cours  à  votre  recherche.
De  Fiume,  on  m  a  envoyé  à  Martinsciça;  de  Martinsciça,  on  m’a  renvoyé  à
Fiume,  et  de  Fiume,  on  vient  de  me  renvoyer  ici;  je  ne  suis  plus  un
homme,  je  suis  une  balle  de  volant
Il  lut  la  lettre,  nous  échangeâmes  quelques  mots,  et  nous  nous  serrâmes
la  main  comme  si  nous  étions  déjà  deux  amis;  puis  M.  Scarpa  me  montra
sa  petite  propriété,  qu  il  avait  achetée  récemment.
L’herbe  poussait  partout,  étoilée  de  fleurs  de  satin  et  de  pourpre  ;  les
rameaux  des  arbres  avaient  des  élans  désordonnés  et  sauvages;  c'était  un
petit  coin  de  terre  en  friche  délicieux,  que  ce  jardin-là.  La  vigne  s’enlaçait
follement  aux  arbres,  suspendant  ses  élégants  festons  jusqu’à  leurs  dernières ­
  branches;  les  grenadiers  étaient  couverts  de  boutons  rouges  comme
le  corail;  les  figuiers  ployaient  sous  leur  seconde  récolte,  et  une  jolie  maisonnette ­
  ouvrait  au  bout  d’une  charmille  sa  porte  hospitalière,  abritée  par
une  treille  qui  baignait  la  façade  exposée  au  midi  d’une  ombre  fluide,
couleur  vert  de  lune.
M.  Scarpa  voulut  bien  m  accompagner  dans  1  excursion  que  je  désirais
encore  faire,  avant  le  coucher  du  soleil,  au  château  du  Tersato,  qui  domine
la  vallée  de  la  Fiumara.
—  Nous  passerons,  me  dit-il,  par  les  moulins  ;  ils  méritent  d’être  vus.
Au  lieu  de  traverser  le  pont  jeté  sur  la  Fiumara,  lequel  conduit  en  ville,
nous  prîmes  la  route  romantique  qui  monte  à  gauche,  glissant  au  pied  des
rochers  du  Tersato  et  surplombant  la  gorge  de  la  Reciña,  au  fond  de
laquelle  mugit  et  bouillonne  le  fleuve  qui  jaillit  des  flancs  de  la  montagne,
un  peu  plus  haut.  Cette  chaussée  hardie,  qui  a  dix-huit  lieues  allemandes
d  étendue,  et  qui,  à  1  endroit  où  elle  est  taillée  à  pic  dans  le  roc,  prend
le  nom  de  Porte  de  Hongrie,  a  été  construite  sous  la  direction  du  général
Vukassovitch,  dans  un  but  plus  stratégique  que  commercial.  A  1  époque  ou
elle  fut  exécutée,  vers  1830,  la  question  d  Orient,  plus  que  jamais,  éta.t
sur  le  tapis;  on  annonçait  à  tout  propos  l’entrée  des  Russes  en  Bessarabie,
            
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