Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HONGRIE 
et, comme l’Autriche avait la promesse d’une alliance anglaise ou française, 
une flotte venant de Plymouth ou de Toulon pouvait très-aisément débar 
quer un corps de troupes à Fiume. En deux ou trois jours, par cette route, 
ces troupes seraient arrivées sur la Save et auraient atteint le Danube. 
On sait que la Save se jette dans ce fleuve, en face de Semlin et de Bel 
grade. 
Nous abandonnâmes la chaussée et traversâmes la Fiumara sur un pont 
de bois. Au-dessous de nous, le torrent mugissait d’une voix furieuse, se 
débattant au milieu de blocs de pierres énormes, entre les interstices des 
quels des sapins et des chênes se cramponnaient par leurs racines puis 
santes. Des ramiers aux ailes gris de perle, à la gorge aux reflets irisés 
et nacrés, volaient nombreux autour de cette presqu’île de rochers. Nous 
suivîmes un chemin ombragé, et nous débouchâmes dans un frais et riant 
vallon s’ouvrant comme un parc au milieu de cette gorge d’une sauva 
gerie alpestre. Un immense bâtiment à la façade jaunâtre percée de cen 
taines de fenêtres se dressait comme une caserne ou un hôpital au fond du 
paysage. A mesure que nous avancions, nous entendions le bruit des 
grosses roues de bois mises en mouvement par l’eau, et le tic tac saccadé 
des moulins. L’armée anglaise et l’armée autrichienne tirent d ici leurs 
approvisionnements de farine. La Hongrie ne suffit pas à alimenter ce grand 
moulin, qui absorbe aussi une partie des blés de la Crimée. « Souvent, 
me dit M. Scarpa, les achats faits dans les ports de la mer Noire sont 
beaucoup plus avantageux que ceux faits à Pest. » 
Un peu plus loin se trouve également, caché dans le même gouffre, un 
établissement industriel qui date d’un demi-siècle; ce stmt les grandes 
fabriques de MM. Smith et Meynier, qui fournissent tout le Levant. M. Smith, 
comme l’indique son nom, est Anglais; M. Meynier est Français. 
Nous rejoignîmes la route que nous avions quittée pour traverser la 
Fiumara, et, renvoyant notre cocher, qui nous attendait, nous nous mîmes 
à tenter l’escalade du rocher du Tersato, qui se dressait presque perpendi 
culairement devant nous. Nous nous accrochions aux buissons, aux pierres, 
aux touffes d’herbe, et quelquefois nous rampions comme des serpents le 
long des arêtes de rocher. Après une demi-heure de cet exercice pénible et 
salutaire, nous arrivâmes, récompensés par la vue d’un admirable panorama, 
au pied des murailles ébréchées et délabrées de l’ancien château qui cou 
ronne la montagne. Jadis nid d’aigle des Frangipani, actuellement pro 
priété de la famille Nugent, ce château n'est plus qu’une ruine, mais une 
ruine italienne, couverte de fleurs, baignée de parfums, drapée de feuil 
lage, pleine de nids, et qui a conservé dans la mort quelque chose des
	        
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