12 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
2 1 millions d’hommes. Cela lui coûte par an plus de cinq
milliards.
Jadis, les chevaliers surchargeaient ainsi leur monture et
leur personne de pesantes armures et narguaient le vilain
et son arquebuse jusqu’au moment où le poète fut amené à
faire cette triste constatation :
Les hommes les plus forts
Sont aujourd’hui tuez d’un poltron en cachette
A coups de hanjuehouze ou à coups de mousquette...
La jeune Amérique n’est pas poltronne et ne tirera pas en
cachette ; un homme d’État qui connaît bien le peuple amé
ricain me disait un jour : « Vous voulez connaître l’opinion
américaine sur l’Europe: la voici fidèlement résumée. La
France est considérée comme une nation artistique, mais
incapable de concurrence industrielle ; les Anglais, comme
une nation en pleine décadence. Quant à l’Allemagne, les
Américains concèdent qu’elle est en progrès, mais ils sont
persuadés qu’elle touchera vite à son apogée commercial
pour redescendre rapidement la pente. En somme, l’Amé
rique méprise l’Europe, qu’elle croit vieillie, impuissante,
fatiguée, finie ! » Je me suis toujours rappelé ces paroles qui
empruntaient une singulière gravité à la haute valeur de
l’homme éminent qui les prononçait.
En faisant la part de la jactance yankee, comment ne pas
être cependant effrayé de ces trusts continuels, de ces bou
leversements inouïs du marché mondial accomplis ou médi
tés par les Américains ? A l’heure actuelle, plus de 600 trusts
disposant de 36 milliards de capitaux sont constitués aux
Etats-Unis; le grand trust américain de l’acier, l’United
States Steel Corporation, vient de déposer à Trenson (New-
Jersey) le certificat d’augmentation de son capital antérieur
à doll. 1,100,000,000 (5,5oo millions de francs). Son but