LA QUESTION OUVRlÈUE. . 827
celui qui le paie, sur révaluation de la rémunération. Pour
faire valoir ses droits, l’ouvrier s’adresse alors à son déléqué
de district, fonctionnaire rémunéré, placé par l’Union des
boilermakers and shipbuilders à la tête d’une région déter
minée où il surveille les intérêts des membres de l’Union.
Le délégué du district s’entremet auprès du patron ou du
secrétaire général du syndicat patronal et résout avec lui le
conflit.
Une des conséquences intéressantes du piecework est de
faire du shipbuilder — qu’il soit riveter ou plater — une
sorte d’ouvrier-clief, de petit patron choisissant et dirigeant
lui-même les auxiliaires {lielpers) dont il a besoin pour
accomplir sa tâche. Prenons par exemple le plater^ le tôlier:
son rôle est considérable ; il est, en queh[ue sorte — si je
puis employer cette expression — le tailleur du vaisseau ;
c’est lui qui habille sa membrure avec les plaques de tôle —
ou bordés — formant l’enveloppe, plaques qu’à son tour le
riveur viendra solidement lier, clouer l’une à l’autre au moyen
des rivets introduits sur leurs bords. Notre plater ayant pris à
sa charge telle ou telle partie du vaisseau, la construction de
son enveloppe sur une longueur déterminée, embauche des
helpers, des manœuvres qui l’aideront à donner aux grandes
plaques de tôle les dimensions et les formes voulues, à les
transporter sur les machines-outils, machines à forer, à
cisailler, etc., et à les appliquer enfin contre les flancs du
vaisseau. Il a ainsi sous ses ordres une équipe de trois,
quatre, cinq manœuvres dont il dirige les efforts par des
gestes ou de brefs commandements, consultant parfois,
pour conduire avec précision le travail, les plans, dessinés
sur de grandes feuilles bleues, de la partie du bâtiment qui
l’intéresse.
En entrant au chantier, chaque matin, le plater prend sa
fiche, sorte de planchette de bois dont l’une des faces est