L’EMPIRE OTTOMAN.
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du sérail loin de la vue de leurs sujets, loin ainsi de tout
renseignement sur l’empire, livrés à des débauches sans
nom, laissèrent aux femmes et aux eunuques une influence
prépondérante sur les aflaires et sur le sort des grands vizirs
les plus habiles. La décadence en devait résulter; elle se
manifesta de bonne heure par des signes évidents. Il enfant
noter quelques-uns.
Sélim II (1566-1574) mérita le surnom d’ivrogne. Son
armée enleva Chypre aux Vénitiens ; toute la garnison en
fut massacrée ou réduite en esclavage. Venise et le pape
Pie V suscitèrent une grande croisade : l’Espagne, le grand-
duc de Toscane, la république de Gênes formèrent avec eux
la Sainte-Ligue, et le commandement des vaisseaux alliés
fut donné à don Juan d’Autriche, le fils naturel de Gharles-
Quint. Don Juan remporta à Lépante sur la flotte turque
une grande victoire, le 7 octobre 1571 ; mais elle lui avait
été chaudement disputée ; les vaisseaux chrétiens avaient
été trop maltraités pour qu’il fût possible de les conduire
devant Constantinople, et les résultats de cette croisade
furent nuis. Venise même traita avec le sultan et renonça à
l’île de Chypre.
Sous Mahomet III (1595-1603) et Ahmed I"(1604-1617),
la guerre recommença contre l’Autriche entre Bude et
Vienne ; un traité fut signé en 1606 à Sitvatorok ; les
sultans renoncèrent au tribut que les Habsbourg leur
payaient depuis Ferdinand I", et même la Transylvanie fut
déclarée vassale à la fois du sultan et de l’empereur.
Sous Mustapha I®'’ et Osman II (1617-1623), l’anarchie
troubla Contantinople, comme aux plus mauvais jours du
byzantinisme ; Osman II périt assassiné dans une émeute.
Pendant ce temps, les Persans eurent le plus grand règne
de la dynastie des Sofis, celui de Shah-Abbas-le-Grand
(1586-1628). Il porta son empire à l’est jusqu’à Balkh et
Kandahar; il reprit Ormuzd aux Portugais, fonda sur le
golfe Persique Bender-Abbas, établit sa capitale à Ispahan.
Il reprit aux Turcs l’Azerbaïdjan et Tauris, la Géorgie,
Bagdad, Diarbékir et Mossoul, et poussa ainsi ses fron
tières jusqu’au Tigre.
Le sultan Mourad IV (1623-1640) fut d’une férocité
inouïe même en pays musulman, tuant à coups de flèches
les gens qui étaient sur son passage dans ses promenades,
faisant jeter à l’eau les jeunes paysannes qui chantaient et
dansaient dans la campagne quand son humeur était triste.
£. Driaült. — Question d’Orient. 3