FORMATION DU PROLÉTARIAT
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Le fil anglais, fait à la mécanique, était numéroté
et classifié, tandis que la finesse ou la grosseur du fil
belge n’était jugée que par les yeux. •• Cette circons
tance seule, écrivait en 1839 Briavoinne, suffit quel
quefois pour assurer la préférence au fil anglais et au
fil allemand» (1).
I)e grandes filatures mécaniques surgirent à Gand et
parmi la population rurale de la Flandre une crise terri
ble, une des plus tristes de l’évolution industrielle,
éclata.
Les salaires de l’industrie domestique, petit à petit,
tombés à des taux dérisoires, n’étaient plus suffisants
pour nourrir les travailleurs et la crise s’abattit sur
les Flandres, d’autant plus épouvantable et inexorable
qu’on était parvenu à l’enrayer plus longtemps. On eut
alors de sombres années de misère et de famine dans
les Flandres. Vainement les Chambres votèrent des
millions de subsides; on dut abolir les droits protec
teurs, exempter des droits de port les navires amenant
les céréales, interdire de distiller les pommes de terre
nécessaires à la subsistance du peuple, entreprendre de
vastes travaux publics de dessèchement et d’irrigation
et « coloniser » la Campine.
Les Flandres ne connurent pas de jours plus tristes
que ceux-là. La Belgique indépendante ne vit jamais
diminuer autant sa population. Pour comble de malheurs,
la récolte manqua dans ce pays si appauvri. La popu
lation des campagnes, réduite à la mendicité, dut, parait-
(1) Briavoinne. De l'industrie, 1. e. v. II. p. 3o3,