CHAPITRE XII
. A .
Extension du secours aux chômeurs partiels
Le règlement primitif, nous l’avons dit, se bornait à secourir les
ouvriers qui chômaient complètement. Mais déjà, il faisait pressentir
que le Comité National en arriverait à étendre sa sollicitude aux
«chômeurs partiels ». Dès la séance du Comité National du 22 avril
1915, en effet, il en est question. La Commission spéciale s’en préoceu-
pait et l’on cherchait une formule.
On s’était rendu compte, en effet, qu’il y avait un grand danger
à ne soutenir que le chômage absolu : étant donné l’attraction irré-
sistible d’une allocation gratuite, on aurait vu de plus en plus les
ouvriers déserter le travail pour être inscrits aux listes de chômeurs.
Le secours devenait dès lors une prime à la paresse, et rendait plus
difficile encore la reprise éventuelle du travail. On se demandera
peut-être comment une aussi faible indemnité que celle promise
par le règlement pouvait opérer un tel attrait. C’est pourtant un
fait incontestable. La moindre pension gratuite jouit en tout temps
de ce pouvoir. Mais en temps d’occupation, la sollicitation est majeure :
la vie est instable, l’avenir incertain, le secours représente au moins
quelque chose de fixe et de sûr. Puis l’on se dit que l’on pourra tou-
jours se procurer des ressources suppémentaires par quelque trafic
ou quelque travail clandestin, qu’on aura soin de cacher au Comité.
Dès 1915, en effet, commence à se développer dans la population
cette activité fiévreuse qui recherche dans la spéculation et la fraude
un gain que n’offre plus le travail régulier.
La préoccupation patriotique du Comité d’empêcher les ouvriers
de se mettre au service de l’occupant, venait s'ajouter à ces raisons.
Beaucoup d’ouvriers étaient soutenus par leurs employeurs dans une
mesure réduite : on les entretenait au travail quelques jours par
semaine. Ne valait-il pas mieux les encourager à rester occupés,
même partiellement, plutôt que de les pousser à déserter l’usine et
l’atelier pour émarger au secours ?