LES BESOINS ET LA VALEUR /
rabaisser aisément. Il fut un temps où les ouvriers ne por-
taient ni linge, ni chaussure, où ils n'avaient ni café, ni
tabac, où ils ne mangeaient ni viande, ni pain de froment,
mais aujourd hui ces besoins sont si bien invétérés et incor-
porés que l’ouvrier qui ne pourrait plus les satisfaire et qui
se trouverait ramené brusquement à la condition de ses
pareils du temps de Charlemagne périrait sans doute.
Si l’on ajoute enfin qu'une habitude transmise pendant une
longue suite de générations tend à se perpétuer par l’hérédite,
que les sens deviennent plus sub{ils et plus exigeants, on
comprendra quelle puissance despotique peut acquérir à la
longue tel besoin qui paraissait à l’origine le plus futile ou
le plus insignifiant.
Mais s’il est vrai que tout besoin s’intensifie dans la mesure
même où il trouve à se satisfaire, il est également vrai qu'il
s’éteint quand il n’en trouve plus le moyen. Il en est comme
du feu qui grandit dans la mesure où on l'entretient et
s’éteint faute d’aliments. Sans doute, quand il s'agit d'un
besoin physiologique et essentiel, il n’est pas possible de le
supprimer et s’il ne trouve pas à se satisfaire avec un certain
objet il faudra, sous peine de mort, qu'il en trouve un autre.
Mais quand il s'agit de besoins factices ou nocifs, tels que
ceux qui ont pour objet l'alcool, l'opium, on sait que le
meilleur et même le seul moyen de les supprimer, c’est de
leur refuser toute satisfaction.
La Richesse.
Nos besoins et nos désirs ont nécessairement un objet en
dehors de nous.
Cette propriété remarquable, propre à certains objets, de
satisfaire à l’un quelconque de nos besoins, de servir à
l’entretien de notre vie ou à l’accroissement de notre bien-
être, s’appelle l’utilité (du mot latin uti, se servir de). Et
tout objet qui la possède s’appelle une richesse, indépendam-
ment du plus ou moins de valeur qu’elle peut avoir : un
4”
Il