Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

106  L’INDEPENDANCE  DE  LA  GRECE.
de  rançons  adroitement  extorquées  à  d’imprudents  voyageurs. ­

Ainsi  vivaient  encore  les  hardis  marins  des  îles  :  Psara,
près  de  Chio,  et  surtout  Hydra  et  Spetzia,  à  l’extrémité  de
la  presqu’île  de  l’Argolide,  les  îles  Nautiques,  comme  on  les
appelait,  ou  les  îles  des  Marins,  étaient  le  repaire  des
pirates  de  la  mer,  terreur  des  vaisseaux  turcs  aux  dépens
desquels  ils  faisaient  l’apprentissage  de  la  guerre  de  l’indépendance, ­
  terreur  quelquefois  aussi  des  vaisseaux  chrétiens
dont  la  cargaison  excitait  leur  envie.
Janina,  où  le  pacha  Ali  refusait  l’ohéissance  au  sultan,
le  Maïna,  les  îles  Nautiques  :  trois  foyers  où  couvait  l’incendie ­
  qui  allait  enflammer  toute  la  Grèce.
On  le  savait  en  Europe  ;  on  le  constatait  avec  espérance
ou  avec  inquiétude.  Le  tsar  Alexandre  ï"  était  un  personnage ­
  ondoyant  dont  il  était  difficile  de  pénétrer  les  intentions. ­
  Défenseur  victorieux  de  la  cause  des  souverains
contre  les  principes  révolutionnaires,  libéral  et  même
volontiers  «  républicain  »,  mais  persuadé  que  les  rois  de
droit  divin  savent  mieux  que  leurs  sujets  les  libertés  qui
conviennent,  il  était  disposé  par  là  à  adopter  les  vues  de
M.  de  Metternich  sur  les  dangers  de  toute  révolution  et  la
nécessité  de  s’y  opposer.
11  était  impossible  pourtant  qu’il  eût  oublié  le  grand
projet  de  son  aïeule:  c’eût  été  renier  son  propre  nom  et  les
traditions  les  plus  populaires  de  la  Russié.  N’avait-il  pas  tenté
au  congrès  de  Vienne  de  se  faire  reconnaître  le  protectorat
des  chrétiens  de  l’empire  ottoman?  Le  sultan  n’avait-il
pas  pu  voir  dans  le  traité  de  la  Sainte-Alliance  comme  une
menace  de  croisade?  Le  tsar,  après  la  défaite  définitive  de
Napoléon,  n’avait-il  pas  conservé  toute  son  armée  sur  le
pied  de  guerre  ?  Pourquoi  ?  Son  titre  de  tsar  l’obligeait  à
prendre  en  mains  la  cause  de  l’orthodoxie.  Et  ce  rôle  religieux ­
  n’était  pas  pour  déplaire  à  sa  nature  mystique.
L’occasion  était  bonne,  peut-être  unique,  de  continuer
vers  Constantinople  la  marche  indiquée  par  Catherine.
L’Europe  paraissait  reconnaître  la  suprématie  du  tsar  sur
le  continent  ;  la  France  n’était  plus  un  obstacle,  et  même
Alexandre  commençait  à  entretenir  avec  elle  des  relations
flatteuses  :  il  avait  besoin  d’elle  pour  régler  selon  ses  intérêts
la  question  d’Orient.  Il  disait  le  19  juillet  1821  à  l’ambassadeur ­
  français,  M.  de  La  Ferronnays  :  «  Ouvrez  le  compas
depuis  le  détroit  de  Gibraltar  jusau’au  détroit  des  Darda-
            
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