Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’INTERVEKTION  EUROPÉENNE.

129

liberté  lui  ait  été  minutieusement  mesurée,  sous  ce  prétexte
qu’elle  était  incapable  d’en  user  avec  sagesse,  pour  cette
raison  qu’on  ne  la  voulait  ni  trop  grande  ni  trop  libre.
La  France  et  l’Angleterre  ne  voulaient  plus  que  la  Grèce
restât  tributaire  du  sultan,  parce  que,  orthodoxe  de  religion, ­
  elle  subirait  trop  l’influence  envahissante  de  la  Russie  ;
il  fut  donc  décidé  que  son  indépendance  serait  absolue.  Mais
l’Angleterre  trouvait  le  nouvel  État  trop  étendu  en  face  des
îles  Ioniennes;  elle  obtint  que  ses  limites  septentrionales
seraient  ramenées  à  l’Aspro-potamo,  au  Sperchios  et  au
golfe  de  Lamia.  Ce  fut  l’objet  du  protocole  du  3  février  1830.
11  y  avait  loin  de  cette  Grèce  étriquée,  réduite  à  des  roches
stériles,  privée  de  tout  ce  qui  pouvait  lui  assurer  quelque
prospérité,  la  Crète,  les  îles  Ioniennes,  la  Thessalie,  à  la
réalisation  de  la  Grande-Idée,  c’est-à-dire  de  l’ancien'
empire  athénien  de  la  mer  Egée,  de  l’union  en  un  même
État  de  tous  les  pays  de  population  grecque.  On  ne  lui
donna  pas  davantage  Samos,  qui  avait  partagé  l’enthousiasme ­
  et  les  épreuves  de  la  guerre  de  l’indépendance.  Elle
forma  pourtant,  à  partir  de  1832,  une  principauté  demiindépendante,
  tributaire  de  la  Porte,  gouvernée  par  un  bey
chrétien  nommé  par  le  sultan  et  assisté  d’un  sénat  de
quatre  membres.  Elle  fut  d’ailleurs  très  prospère  depuis  et
la  tranquillité  n’y  fut  plus  troublée.
Les  Grecs  purent  donc  se  persuader  que  les  puissances
ne  les  avaient  sauvés  que  comme  malgré  elles,  par  le  seul
jeu  de  leurs  intérêts  contradictoires  ;  ils  n’éprouvèrent
aucun  sentiment  de  reconnaissance.  Le  mécontentement
public  a  partout  pour  conséquences  les  querelles  des  partis,
se  rejetant  l’un  à  l’autre  les  responsabilités.  La  Grèce  en
fut  très  troublée  ;  ce  qui  donna  aux  puissances  un  nouveau
prétexte  de  la  tenir  en  suspicion.  Le  parti  russe  y  était
représenté  par  le  chef  du  pouvoir  exécutif  Capo  d’Istria  ;  il
avait  des  ennemis,  surtout  les  Mavromichalis,  chefs  des
Maïnotes,  irrités  de  l’impuissance  où  manifestement  on
voulait  retenir  la  Grèce,  des  intrigues  au  milieu  desquelles
elle  mendiait  quelques  pouces  de  territoire  ou  quelque
liberté  de  vivre.  Capo  d’Istria  allait  tomber  victime  de
ces  querelles,  assassiné  en  1831  ;  ce  qui  ne  fut  pas  une
solution.
Elles  rendirent  plus  difficile  le  choix  d’un  roi  pour  la
Grèce.  Le  traité  d’Andrinople  avait  établi  qu’elle  serait
constituée  en  une  monarchie  chrétienne;  le  protocole  du
E.  Driault.  —  Question  d’Orient.

9
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.