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L’INDÉPENDANCE DE LA GRÈCE.
Moldavie et la Valachie, à l’Autriche la Serbie, la Bosnie et
l’Herzégovine. L’empire grec serait restauré, avec Constantinople
pour capitale, avec le roi des Pays-Bas pour empereur.
De cette façon, on pourrait donner à la Prusse la Saxe
et les Pays-Bas, au roi de Saxe la Prusse rhénane, à la
France la Belgique et le Luxembourg, à l’Angleterre enfin
les colonies hollandaises.
Ce n’était qu’une utopie. Comment faire consentir la
Russie à la constitution sur les Détroits d’un État jeune y
sans doute entreprenant, autrement dangereux que l’empire
ottoman? Comment faire consentir l’Angleterre à l’établissement
de la France à Anvers, de la Prusse à Amsterdam
et Rotterdam ? 11 s’y trouvait encore d’autres impossibilités.
Le projet Polignac éclaire pourtant les conceptions politiques
de ce temps. Sauf pour le sultan, il donne satisfaction
partout au principe de légitimité et trouve un trône
pour chaque souverain. Il se fonde à peu près sur le principe
des frontières naturelles, sur ce que Bismarck appellera
plus tard « les arrondissements nécessaires ». Il respecte
les droits des nationalités: à la Grèce tous les pays grecs, à
la France la Belgique, à la Prusse la Hollande; il les méconnaît
pourtant sur le Danube et livre les principautés aux
grands États chrétiens du voisinage : du moins elles retrouveraient
ainsi des peuples de races parentes. Il tient compte
même, dans une certaine mesure, des besoins économiques
des États de l’Europe, quand il donne à la Prusse un large
débouché sur la mer du Nord, à la France les bouches de
l’Escaut, à l’Angleterre des colonies.
11 était en somme beaucoup plus logique que l’œuvre du
Congrès de Vienne. Mais quelle chimère que de vouloir
régler les questions européennes par la seule logique, que
de prétendre limiter par elle les ambitions rivales! Chaque
État semble préférer un avenir obscur, mais plein de promesses,
à une situation plus sûre, mais trop modeste ; il
aime mieux deux « tu l’auras » qu’un « tiens ». L’ambition,
la lutte pour la vie et pour la gloire est toujours
l’unique inspiration des grandes puissances, peut-être aussi
des grands hommes d’État.
Le plan Polignac fut soumis au tsar Nicolas I" qui sans
doute n’y apporta qu’une attention distraite ; l’auteur et son
souverain disparurent bientôt de la scène politique. Le sultan
continua de régner à Constantinople ; il y avait pourtant
tremblé, parce que la moindre insurrection, dans cet empire