Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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MAHMOUD ET MÉHEMET. 
la construction des fortifications de Paris. Il est tout heu 
reux de son rôle ; il s’occupe de tout ; il s’assimile tout : on 
le surprend couché de tout son long sur les cartes du Rhin 
et du Pô, suivant, avec des épingles noires et vertes, la 
marche future des armées françaises. L’historien des guerres 
du Consulat et de l’Empire a enfourché le cheval de Bona 
parte. Il communique son ardeur, son exaltation patriotique 
au duc d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, qui dit un 
jour : a J’aime mieux succomber sur les rives du Rhin ou du 
Danube que dans un ruisseau de la rue Saint-Denis ». Tous 
deux discutent les meilleurs plans de campagne ; üs sont 
d’accord pour porter le plus puissant effort des troupes 
françaises en Italie, pendant que la belle flotte que la 
France possède dans les eaux du Levant coopérera avec 
les vaisseaux de Méhémet-Ali pour quelque brillante victoire 
navale sur les Anglais. Décidément, est-ce donc la guerre? 
On s’en réjouit aussi à l’étranger. Le tsar Nicolas est 
enchanté de continuer contre la France la grande croisade 
des rois jadis conduite par son frère Alexandre; il voudrait 
aller étouffer la révolution dans son berceau. Le roi de 
Prusse Frédéric-Guillaume IV est toujours pénétré de 
l’esprit de la guerre patriotique de 1813 et entretient avec 
passion les souvenirs de son adolescence, — il était né en 
1797. Toutes les haines de l’Allemagne se réveillent comme 
en 1813 et 1815; on y recherche toutes les injures dont il 
faut demander raison à l’ennemi national ; il faut venger la 
reine Louise insultée par Napoléon ; il faut venger léna et 
Valmy; il faut venger Conradin de Hohenstaufen décapité 
par Charles d’Anjou ; il faut prendre l’Alsace, la Lorraine ; 
il faut revenir au traité de Verdun. Le poète Becker 
chante : 
Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand I 
et Musset lui répond : 
Nous l’avons eu, votre Rhin allemand I... 
Où le père a passé, passera bien l’enfant. 
Il est certain que l’affaire de 1840 a renouvelé l’idée et le 
sentiment de l’unité allemande, de la grande patrie germa 
nique ; l’anniversaire de Leipzig fut alors célébré au delà du 
Rhin avec une nouvelle ardeur. Un historien allemand dit 
que « ce fut le jour de la conception de l’Allemagne ». Il 
compare ironiquement M. Thiers à Napoléon; la lourde
	        
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