LA CHARTE DE GULHANE.
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des formes de la mort qui leur est réservée. Du moins ils
sentent nettement qu’ils ne sont plus maîtres chez eux ;
l’empire ottoman n’est plus guère qu’un champ clos où se
joue l’équilibre de l’Europe.
Dans cette querelle, dont les éléments se rapprochent,
l’Autriche ne pèse pas encore d’un lourd poids sur le Danube
et la Save ; ses intérêts politiques sont, pour quelques
années encore, trop considérables en Italie et en Allemagne.
Mais la Russie a signé de mauvais gré la convention des
Détroits; elle n’a pas perdu le souvenir des projets de
Catherine II et du traité d’ünkiar-Skélessi. Elle a une
revanche à prendre.
L’Angleterre est de plus en plus puissante dans le Levant
et y porte une attention chaque jour plus jalouse ; c’est
qu’elle y a maintenant de grands intérêts commerciaux et
qu’elle ne perd pas de vue la route qui mène à son empire
de l’Inde.
La France a toujours une situation de premier ordre,
bien qu’elle se trouve partagée entre des traditions contra
dictoires. Protectrice séculaire des chrétiens d’Orient, elle
devient aussi, comme par la suite de l’alliance de François I®''
et de Soliman le Magnifique, une grande puissance musul
mane ; elle a achevé complètement la conquête de l’Algérie ;
elle joue un grand rôle en Égypte. Elle commence à conce
voir, dans son intérêt, qui est aussi celui de l’équilibre
général, la nécessité de protéger l’empire ottoman contre
les Russes, l’Égypte contre les Anglais, et, pour cela, de les
fortifier par de sérieuses réformes. Elle se heurte là à un
redoutable et complexe problème: écarter les convoitises
des voisins, faire vivre en harmonie les populations de races
et de religions si diverses qui agitent l’empire ottoman de
crises sans cesse renaissantes, concilier l’intégrité de cet
empire avecles revendications des nationalités chrétiennes.
N’y a-t-il pas à cela impossibilité ?
OUVRAGES A CONSULTER.
P. Mouriez, Histoire de Méhémet-Ali.
Gouin, UÉgypte au xix® siècle.
De Vaulabe le, Histoire de l’Égypte.
Hamont, L’Égypte sous Méhémet-Ali.