Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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MAHMOUD  ET  MËHÈMET.

pour  trois  ans  au  suffrage  universel.  Par  l’action  normale
de  la  représentation  nationale,  le  premier  ministère  constitutionnel ­
  fut  présidé  par  Mavrocordato,  chef  du  parti
anglais.  M.  Piscatory  le  soutint  loyalement.  Mais  aux  élections ­
  générales  qui  suivirent,  le  ministère  fut  battu  et  céda
la  place  à  un  cabinet  où  entrèrent  surtout  Colettis,  le  chef
du  parti  français,  et  Metaxa,  le  chef  du  parti  russe.  Le
représentant  de  l’Angleterre,  sir  Edmond  Lyons,  s’en  montra ­
  mécontent  et  se  brouilla  avec  M.  Piscatory  ;  il  parut
qu’il  n’était  partisan  de  la  neutralité  qu’à  condition  que  ses
amis  fussent  au  pouvoir.
Quand  lord  Palmerston  revint  au  ministère,  en  Angleterre, ­
  en  1846,  il  partagea  les  sentiments  de  son  ministre  à
Athènes  et  chercha  des  difficultés  au  ministère  Colettis.  La
situation  financière  de  la  Grèce  était  pénible  ;  le  gouvernement ­
  était  obligé  de  demander  des  délais  pour  le  paiement
des  intérêts  de  l’emprunt  de  60  millions  contracté  au  lendemain ­
  de  la  guerre  de  l’indépendance.  Dès  le  mois  de  janvier
1847,  Palmerston  exigea  le  paiement  immédiat  du  premier
semestre  de  l’année  ;  il  envoya  des  vaisseaux  sur  les  côtes
grecques  ;  il  favorisa  les  intrigues  de  Louis-Napoléon
Bonaparte,  qui,  en  quête  d’un  trône,  ne  rêvait  encore  que
de  remolacer  le  roi  Othon.  Colettis  échappa  très  habilement ­
  à  toutes  ces  manœuvres  ;  mais  il  mounit  le  12  septembre ­
  1847.  Palmerston  et  sir  Lyons  voulurent  imposer  au  roi
Mavrocordato,  en  dépit  de  la  composition  des  Chambres  :
Othon  laissa  le  pouvoir  aux  amis  de  Colettis,  et  le  gouvernement ­
  anglais  en  témoigna  de  toute  façon  sa  mauvaise
humeur.  11  exigea  une  indemnité  au  nom  de  D.  Pacifico,
juif  portugais  protégé  anglais,  dont  la  maison  de  commerce
avait  été  pillée  dans  une  émeute  ;  il  ne  se  satisfit  pas  des
offres  de  la  Grèce  et  bloqua  le  Pirée.  La  Russie  s’émut  ;
Louis-Napoléon  Bonaparte,  devenu  président  de  la  République ­
  Française,  rappela  l’ambassadeur  français  de  Londres, ­
  et  il  y  eut  un  moment  de  brouille  sérieuse.  Palmerston
finit  par  céder.

Ainsi  partout,  dans  le  Levant,  du  Danube  au  Nil,  de
l’Algérie  à  l’Euphrate,  les  ambitions  des  grandes  puissances
se  croisent,  et  les  Musulmans  se  débattent  contre  ces  multiples ­
  interventions,  d’accord  seulement  pour  les  étouffer  ;
pour  beaucoup  d’entre  eux  alors,  le  Tanzimat  n’est  qu’une
            
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