Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

FRANCE,  ANGLETERRE  ET  RUSSIE.

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Alexandre,  donné  à  la  nation  russe  la  conscience  de  sa
puissante  originalité.  Il  avait  par  là  concentré  et  exalté
toutes  les  forces  mystiques  de  la  Sainte-Russie;  il  lui
avait  rendu  le  vieil  esprit  de  la  croisade  ;  il  fallait  maintenant ­
  lui  donner  satisfaction,  la  jeter  sur  l’Islam,  l’ennemi
traditionnel.
Et  pouvait-il  d’ailleurs  laisser  l’empire  ottoman  se
réformer  et  se  fortifier  dans  la  paix?  Pouvait-il  abandonner ­
  tout  à  coup  la  politique  nationale  de  la  Russie?
S’il  attendait  trop  longtemps,  il  trouverait  sur  les  Détroits,
à  l’entrée  de  la  mer  Noire,  un  État  rajeuni  et  plus  redoutable ­
  que  jamais.  Il  y  allait  de  l’avenir  même  de  la  Russie:
«  Pendant  que  l’arbre  était  encore  frêle,  il  devait  être  plus
facile  de  l’abattre.  »
Les  circonstances  étaient  d’ailleurs  des  plus  favorables.
Les  partis  révolutionnaires  venaient  d’être  écrasés  par
toute  l’Europe,  et  le  tsar  Nicolas  y  avait  contribué  plus
que  personne.  Il  avait  notamment  aidé  l’Autriche  à  vaincre
les  Hongrois,  et  elle  était  obligée  par  suite,  moralement
du  moins,  à  payer  la  Russie  de  quelque  complaisance.  Il
avait  parmi  les  souverains  de  l’Allemagne  de  nombreux
parents,  véritables  vassaux  qui  recevaient  volontiers  les
ordres  de  Saint-Pétersbourg;  il  était  le  beau-frère  du  roi
de  Prusse  Frédéric-Guillaume  IV.  S’il  se  lançait  dans
quelque  grande  entreprise,  il  pensait  donc  pouvoir  compter
sur  l’appui  diplomatique,  peut-être  même  sur  l’alliance
effective,  des  puissances  allemandes.
Sans  doute  il  pouvait  redouter  l’opposition  de  la  France:
il  la  méprisait.  Il  avait  approuvé  le  coup  d’État  du  2  dé
cembre  1851,  qui  avait  détruit  pour  un  temps  l’esprit  révolutionnaire ­
  en  France;  mais  il  avait  ensuite  difficilement ­
  reconnu  le  titre  impérial  à  Napoléon  III,  lui  avait
avec  hauteur  rappelé  les  obligations  que  lui  imposaient  les
traites  de  1815,  lui  donnait,  dans  sa  correspondance,  la
qualification  de  «  bon  ami  »  au  lieu  de  celle  de  «  frère  »
usitée  entre  souverains;  et,  comme  à  ce  sujet  le  gouvernement ­
  français  demandait  des  explications,  l’ambassadeur
russe  à  Paris  avait  répondu  que  le  droit  divin  au  nom  duquel ­
  régnait  son  maître  l’empêchait  de  reconnaître  pour
frères  les  souverains  qui  tenaient  leurs  droits  d'un  autre
principe,  celui  de  la  souveraineté  nationale.  Nicolas  I®’’  se
rendait  bien  compte  qu’il  était  difficile  à  Napoléon  IIÍ
d’oublier  cet  a  liront  :  il  ne  s’en  inquiétait  pas,  pensant
            
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