190 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES.
l’influence française n’avait été brutalement interrompue
par la guerre de 1870? 11 serait oiseux de le rechercher.
III. — La politique de l’autonomie.
En dehors de cette catastrophe où sombra pour un temps,
avec la fortune de la France, l’entreprise généreuse qu’elle
poursuivait, la réforme ottomane était compromise par
beaucoup d’oppositions.
Elle était continuellement troublée par des désordres;
par des soulèvements. Les Musulmans, inquiets pour leurs
privilèges de conquérants, les chrétiens, encouragés parles
avantages obtenus à d’autres revendications, étaient
presque partout en conflit permanent et de plus en plus
aigu. C’était l’un des résultats inévitables de la réforme et
il s’est manifesté jusqu’à nos Jours. 11 permettait aux uns
d’assurer que la réforme était impossible, aux autres de
prétendre qu’elle n’était empêchée que par les troubles.
Cercle vicieux qui est, depuis, comme le tout de la ques
tion ottomane.
La Russie encourageait ces désordres, puis appelait
l’attention de l’Europe sur l’impuissance de la Porte, sur
la vanité de ses promesses; elle demandait à ce sujet des
enquêtes internationales, obligeait le sultan à confier en
1860 au grand vizir Méhémet-Kiprisli-pacha une mission
extraordinaire dans les provinces danubiennes, protestait
contre l’insuffisance de cette mission, faisait elle-même
enquêtes sur enquêtes par ses consuls et ses ambassadeurs,
notait tous les articles inappliqués du programme de 1856,
affirmait la déloyauté du gouvernement ottoman, dont les
actes les plus solennels n’étaient que des trompe-l’œil
destinés à éblouir l’Europe, la France notamment; elle
concluait qu’il était incapable par lui-même d’aucune
amélioration, « semblable à un pendule qui tend incessam
ment au repos et dont une main vigilante entretient le
mouvement et dissimule la réelle inertie ».
Car, à y regarder de près, en écartant les apparences
brillantes, qu’a-t-il fait du hatti-humayoun de 1856? L’éga
lité entre les musulmans et les chrétiens? Les musulmans
sont toujours aussi fanatiques et considèrent toujours le
droit de gouverner comme leur privilège inaliénable, issu
de la conquête et des lois du Coran ; les chrétiens tiennent
à leur autonomie religieuse, et ne se soucient pas d’une