Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  GUERRE  DES  BALKANS.

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plus  de  soixante  villages,  tué  hors  du  champ  de  bataille  environ ­
  10.000  chrétiens.
Alors  se  produisit  le  plus  affreux  épisode  de  ces  luttes;  il
rappelle  les  massacres  de  Ghio  au  temps  de  1  insurrection
grecque.  Ce  furent  les  massacres  de  Bulgarie.  La  Porte,  au
milieu  de  la  guerre  contre  la  Serbie  et  le  Monténégro,  craignait ­
  que  l’insurrection  bulgare,  sur  les  derrières  de  l’armée ­
  turque,  ne  compromît  ses  opérations.  Le  gouverneur
de  la  Bulgarie,  Chefket-pacha,  reçut-il  l’ordre  «  d’écraser
l’insurrection  sans  regarder  aux  moyens  ?  »  Cela  est  vraisemblable. ­
  Des  bandes  de  Bachi-bouzouks  et  de  Gircassiens
appelés  d’Asie  furent  lâchées  sur  la  Bulgarie,  et  en  quelques ­
  jours  elle  fut  mise  à  feu  et  à  sang.  Ils  assouvirent  à
l’aise  leurs  sauvages  passions,  brûlèrent  les  villages,  massacrèrent ­
  les  hommes  au  milieu  des  tortures  les  plus  raffinées, ­
  violèrent  ou  éventrèrent  les  femmes,  coupèrent  en
morceaux  les  enfants.  Il  y  eut  environ  25  à  30.000victimes.
L’insurrection  fut  écrasée  complètement.  Chefket-pacha  fut
comblé  de  faveurs  et  promu  au  poste  de  gouverneur
général  d’Erzeroum.
Dès  lors,  les  Serbes  subirent  de  nouvelles  défaites,  malgré ­
  l’infatigable  ténacité  du  généralTchernaïef  et  le  secours
de  nombreux  volontaires  russes  ;  ils  allaient  être  obligés  en
octobre  d’évacuer  leur  forteresse  d’Alexinatz  et  d’abandonner ­
  aux  Turcs  toute  la  partie  méridionale  de  la  principauté. ­
  Déjà  les  généraux  ottomans  se  réjouissaient  à  la
pensée  de  marcher  sur  Belgrade,  jadis  la  proie  de  Soliman
le  Magnifique,  et  sans  doute  ils  se  promettaient  de  châtier
les  Serbes  comme  les  Bulgares.  L’Europe  pouvait-elle
abandonner  tous  les  chrétiens  des  Balkans  à  la  merci  des
massacreurs?  11  lui  fallut  se  préparer  à  une  intervention
effective.
L’émotion  avait  été  partout  considérable  à  la  nouvelle
des  événements  de  Bulgarie.  M.  Gladstone  écrivit  sur  ces
atrocités  »  des  phrases  indignées  qui  retentirent  à  travers
tout  le  continent  et  obligèrent  le  ministère  Beaconsfield
à  quelque  réserve  dans  l’appui  qu’il  prêtait  à  la  Porte  contre
la  Russie.  Le  tsar  manifesta  l’intention  d’agir  vigoureusement, ­
  même  si  les  autres  puissances  hésitaient.  11  allait
être  difficile  de  le  retenir,  comme  il  lui  était  difficile  de
¡résister  à  la  pression  de  l’opinion  publique  de  son  empire.
L’instant  était  critique.  Les  musulmans  comprirent  le
danger  et  cherchèrent  le  moyen  de  donner  quelque  satis-
            
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