Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA  GUEIlRr«:  DES  BALKANS.

fraîches,  reprenait  roffensive  en  avant  du  col  de  Chipka,
Gourko  occupa  Bugarowo  le  l"  janvier  1878,  Sofia  le  5,
poussa  devant  lui  les  Turcs  sur  Philippopoli,  leur  livra  une
chaude  bataille  le  15  et  le  16  janvier.  Skobelef  et  Radetzki
firent  capituler  25.000  ennemis  à  Senovo,  près  de  Chipka  :
Suleiman,  pris  entre  Gourko  et  Radetzki,  fut  obligé  de
reculer.  Le  quartier-général  russe  put  bientôt  s’établir  à
Kazanlik.  La  Roumélie  de  nouveau  ouverte,  Gourko  entra  à
Ândrinople  le  20  janvier.  Le  grand-duc  Nicolas  y  reçut  le
lendemain  deux  ministres  du  sultan  envoyés  pour  traiter
d’un  armistice.
Les  Russes  s’arrêteraient-ils  là?  N’iraient-ils  pas  jusqu’à
la  capitale  ottomane  ?  Dès  le  début  de  la  guerre,  il  entrait
dans  les  plans  de  l’état-major  impérial  «  de  frapper  au  centre
de  la  puissance  turque,  de  marcher  sur  Constantinople,  et
d’y  dicter  les  conditions  d’une  paix  durable  »‘.On  citait  un
mot  du  grand-duc  Nicolas  :  «  J’ai  l’ordre  de  ne  m’arrêter
devant  rien,  de  marcher  sur  Constantinople,  et  je  marcherai ­
  ».  Mais  Gortchakof  craignait  l’Angleterre  dont  la
flotte  était  à  Besika,  prête  à  passer  les  Dardanelles  ;  il  se
sentait  lié  par  la  convention  du  8  juin  1877  :  il  s’était  engagé
à  n’occuper  ni  Constantinople  ni  les  Dardanelles;  les  mêmes
promesses  avaient  été  faites  à  l’Autriche  et  à  l’Allemagne  ;
follait-il  risquer  un  conflit  européen  quand  on  avait  difficilement ­
  vaincu  les  seuls  Turcs?
Arrivé  à  Andrinople,  la  route  libre  jusqu’à  Constantinople, ­
  Nicolas  songea  à  passer  outre  aux  craintes  du  chancelier, ­
  «  un  vieux  radoteur  tombé  en  enfance,  devenu  complètement ­
  fou  »,  disait-on  au  quartier-général.  «  Si  Dieu  le
veut,  s’écriait  le  généralissime,  je  fixerai  sur  les  murs  de
Tsarigrad  l’écu  aux  armes  de  la  Russie.  »  Et  il  semble  que
telle  était  la  secrète  espérance  du  tsar  lui-mème  :  «  Si  c’est
l’arrêt  du  destin,  disait-il  à  son  entourage,  que  le  grand-duc
plante  donc  la  croix  sur  Sainte-Sophie  !  »  Ils  s'en  rapportèrent ­
  trop  au  destin  ;  il  y  a  pourtant  un  proverbe  qui  dit  :
Aide-toi,  le  ciel  t’aidera.  Nicolas,  avant  de  prendre  une
résolution,  demanda  à  Saint-Pétersbourg  l’autorisation  de

1.  Les  Russes  devnnt  Constantinople,  article  d’un  anonyme  russe,
d’après  le  Mémori  <1  de  la  guerre  d’Orient,  écrit  sous  la  dictée
du  graiid-duc  Nicolas,  depuis  le  départ  de  Saint-Pétersbourg  —,
19  janvier  1877  —  juscpi’aii  départ  de  San-Sléfauo  —  18  avril  1878
—  Revue  de  Paris,  15  juillet  1897.
            
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