LA GUERRE.
229
faire occuper Gallipoli, pour barrer la route aux vaisseaux
anglais. On la lui refusa, avec la pensée peut-être qu’il s’en
passerait. 11 n’osa. Trop discipliné, ou effrayé des conséquences,
il obéit à ses instructions écrites, et non aux désirs
inavoués de son gouvernement.
Il se vit dans une position critique ; les Anglais à Besika,
les Turcs maîtres toujours du quadrilatère, la Roumanie
mécontente et lasse de la guerre, l'Autriche menaçante,
l’armée russe fatiguée elle-même; Andrinople pouvait être
prise dans un cercle d’ennemis et toutes ses victoires compromises.
Il signa l’armistice d’Andrinople — 30 janvier.
Mais les Anglais, par précaution, franchirent les Dardanelles,
et vinrent jeter l’ancre aux îles des Princes, à l’entrée
du Bosphore, en vue de Constantinople. Le tsar irrité
rendit au grand-duc sa liberté d’action, l’autorisa à conduire
ses troupes dans Constantinople, « même par la force»,
si les Anglais avançaient. Le grand-duc s’établit à San
Stefano, un faubourg de la capitale, prépara l’attaque. Le
sultan supplia les Anglais de se retirer ; ils levèrent l’ancre :
les Russes n’entrèrent pas dans Tsarigrad. Ils eurent peutêtre
tort de ne pas saisir cette occasion unique ; ils comptèrent
sur l’habileté de leur diplomatie, sur l’appui du
prince de Bismarck, et pensèrent obtenir par des négociations,
sans risquer une guerre européenne, les avantages
qu’ils auraient pu se promettre de l’occupation de Constantinople.
La convention d’Andrinople indiquait les bases du traité
à intervenir : indépendance et agrandissement de la Roumanie
et de la Serbie, agrandissement du Monténégro,
constitution de la Bulgarie en principauté autonome, administration
autonome assurée à la Bosnie, à l’Herzégovine et
aux autres provinces chrétiennes, paiement d’une indemnité
de guerre à la Russie. Ces conditions étaient dans l’ensemble
conformes aux principes de la conférence de Constantinople
et du protocole du 31 mars 1877. Cependant il
fallait savoir dans quelles limites la Russie prétendait établir
la principauté nouvelle de Bulgarie : là se portait l’attention
des cabinets européens. La question bulgare fut
d’ailleurs le point essentiel des négociations qui suivirent la
guerre des Balkans.
L’Angleterre inquiète était toute prête à intervenir ; elle
renforçait ses garnisons de Malte et de Gibraltar; elle
manifestait l’intention d’embarquer une partie des troupe»