Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE  TRAITÉ  DE  BERLIN,

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nouvelle  échappait  manifestement  à  l’influence  russe,  leur
opposition  resta  toute  platonique.  Le  tsar  Alexandre  III,
pour  les  mêmes  raisons,  se  montra  très  irrité  :  il  rappela
les  officiers  russes  qui  étaient  encore  au  service  du  prince
de  Battenberg,  et  déclara  ne  pas  le  reconnaître  comme
prince  des  deux  Bulgaries.  Les  rôles  étaient  renversés  :
c’était  la  Russie  qui  combattait  les  Bulgares,  et  l’Europe
qui  les  soutenait  ou  du  moins  qui  les  laissait  faire.
Les  Grecs  protestèrent  contre  la  rupture  de  l’équilibre
balkanique,  exigèrent  des  compensations  territoriales,
envoyèrent  des  troupes  à  la  frontière  de  Thessalie.  L’Europe ­
  les  somma  de  désarmer.  Comme  cet  ultimatum  ne
servait  à  rien,  une  escadre  internationale,  formée  de  vaisseaux ­
  allemands,  austro-hongrois,  anglais,  italiens,  russes,
fut  envoyée  sur  les  côtes  grecques  qui  furent  mises  «  en
état  de  blocus  pacifique  ».  L’intervention  amicale  de  la
France  décida  les  Grecs  à  céder,  et  le  blocus  cessa  le
8  juin  1886,
Les  Serbes  protestèrent  aussi  contre  l’agrandissement  de
la  Bulgarie.  Les  grandes  puissances  ne  purent  pas  agir
contre  eux  de  la  même  façon.  Le  roi  Milan  se  mit  à  la  tête
de  son  armée,  envahit  la  Bulgarie,  marcha  sur  Sofia.
Alexandre  de  Battenberg  le  battit  à  Slivnitza,  le  19  novembre ­
  1885,  quelques  jours  après  à  Tsaribrod,  envahit  à  son
tour  la  Serbie,  fut  encore  vainqueur  à  Pirot  et  marcha  sur
Nisch.  Devant  une  intervention  diplomatique  de  1  Europe,
il  consentit  à  s’arrêter.  Milan  fut  dès  lors  très  impopulaire
en  Serbie  ;  sa  femme  Nathalie,  fille  d’un  officier  russe,  prétendit ­
  diriger  l’éducation  de  leur  fils  Alexandre,  et  un  parti
national,  appuyé  sur  la  Russie,  parce  que  l’Autriche  n’avait
pas  voulu  défendre  les  prétentions  de  la  Serbie,  se  forma
contre  le  roi.  Milan  abdiqua  le  6  mars  1889,  et  son  fils
Alexandre  fut  proclamé  roi  de  Serbie.
La  Bulgarie  resta  unie  de  fait  à  la  Roumélie.  Encouragée
par  son  succès,  elle  acheva  de  se  défaire  de  la  tutelle  exigeante ­
  de  la  Russie.  Le  parti  russe,  représenté  encore  par
quelques  officiers,  fit  un  dernier  effort.  Dans  la  nuit  du
21  août  1886,  des  conspirateurs  pénétrèrent  dans  la  chambre ­
  du  prince  Alexandre,  et,  le  pistolet  au  poing,  l’obligèrent
à  signer  un  acte  d’abdication.  Il  signa,  et  ajouta  au  bas  de
sa  signature  :  «  Dieu  protège  la  Bulgarie  !  »  Alors  ils  l’emmenèrent, ­
  avec  son  frère  Frantz  ;  à  travers  bois,  ils  les
conduisirent  au  Danube,  les  mirent  dans  une  barque  qui
            
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