Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

266  EN  EUROPE.  —  ARMÉNIE.  —  CRÈTE.  —  MACÉDOINE.
rentrés  ;  ils  sont  30.000  à  Candie,  20.000  à  La  Canée  ;  «  iî
faut  désagréger  ces  masses  »,  disent  les  consuls:  elles  sont
un  redoutable  danger  et  peuvent  empêcher  la  pacification
de  ríle.
Le  sultan  envoie  en  Crète  un  haut  commissaire  impérial, ­
  un  musulman,  Zihni-pacha,  dont  l’influence  ne  peut
qu’annuler  celle  du  vali  chrétien  :  «  mission  malencontreuse, ­
  écrit  M.  Cambon,  qui  retarde  la  solution  pacifique  ».
Zihni-pacha  est  bientôt  suivi,  à  titre  d’inspecteur  extraordinaire ­
  des  garnisons  turques,  de  Saadeddin-pacha,  celui-là
même  qui,  au  mois  de  juin  précédent,  avait  si  bien  travaillé
à  l’exécution  des  ordres  du  sultan  dans  le  district  arménien
de  Van.  Les  ambassadeurs  protestèrent  contre  cette  désignation, ­
  et  Saadeddin  fut  rappelé  quelques  jours  après:  il
avait  eu  le  temps  d’encourager  les  musulmans  à  la  résistance ­
  ;  car  on  se  rendait  bien  compte  que  cette  anarchie,
dont  l’Europe  ne  trouvait  pas  le  remède,  «  était  l’œuvre  de
certaines  personnalités  musulmanes  de  l’entourage  du
sultan  qui  ne  cessaient  d’écrire  aux  musulmans  de  la  Crète
que  les  réformes  n’existaient  que  sur  le  papier  et  qu’elles  ne
seraient  jamais  mises  à  exécution  »  *.  Il  fallait  même  prouver
par  des  désordres  croissants  que  ces  réformes  n’étaient  pas
possibles.  Tout  cela  faillit  aboutir  en  janvier  et  février  1897
à  un  drame  semblable  à  ceux  de  l’Arménie.
En  janvier,  une  émeute  plus  formidable  que  les  précédentes ­
  éclate  à  la  Canée  ;  les  musulmans  poursuivent  le&
chrétiens  à  travers  les  rues.  Le  vali  et  les  consuls  européens ­
  veulent  s’interposer  :  ils  sont  repoussés  par  une  grêle
de  balles.  Ils  évacuent  leur  résidence  de  Halepa,  dans  la
banlieue  de  la  ville,  embarquent  leurs  familles  et  le  plus  de
chrétiens  possible  à  bord  du  Suchet;  d’autres  plus  nombreux ­
  se  pressent  sur  le  rivage  en  hâte  de  quitter  cette  terre
inhospitalière.  Cependant  une  partie  de  la  ville  est  en  flammes, ­
  presque  tout  entière  au  pouvoir  des  musulmans  :  le
palais  du  gouverneur  brûle  ;  trois  jours  et  trois  nuits,  les
marins  du  Suchet  défendent  contre  eux  la  mission  catholique. ­
  Il  n’y  a  plus  de  pain;  les  boulangers  ont  été  tués,
leurs  boutiques  pillées  ;  les  deux  tiers  des  maisons  des
chrétiens  sont  détruites.
La  panique  gagne  la  montagne  :  pour  que  de  tels  excès
puissent  se  produire  à  la  Canée,  c’est  donc  que  les  repré-1.

  Livre  Jaune,  I,  n»  469,  Blanc  à  HanotauT,  3  fi/;"—1895.
            
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