LES AFFAIRES DE CRÈTE.
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ralissime turc prépara la marche de son armée sur Phar-
sale, tout en étendant son aile gauche sur Velestinos et
Volo pour y empêcher le débarquement de nouvelles troupes
grecques. De jour en jour, il gagna du terrain, et l’agitation
fut très vive à Athènes à la nouvelle de l’approche de cette
irrésistible invasion. Le ministère Delyanni fut renversé,
remplacé par un ministère Ralli : on faisait du nouveau
président du conseil une sorte de Gambetta, décidé à la
guerre à outrance, d’une énergie capable de changer la
tournure des événements. Du moins l’espoir qu’on mettait
en lui détourna-t-il la tempête qui, peut-être, eût alors
emporté le trône royal.
Gela n’empêcha pas les Turcs de continuer leurs succès.
Ils enlevèrent aux Grecs toutes leurs positions, Velestinos
d’abord, puis le 6 mai, Pharsale qui fut peu défendue, le
8 mai, Volo qui ne le fut pas davantage. Ils poussèrent
aussitôt leurs avant-postes jusqu’en face des lignes de
Domokos, sur les premières pentes des monts Othrys, où
l’armée grecque se retrancha.
Les Grecs se sentaient désormais incapables de vaincre,
menacés d’un dur traitement. Leur enthousiasme se refroidit
très vite ; ils abandonnèrent la grande idée pour songer au
salut de la petite patrie. Le ministère Ralli sollicita l’inter
vention de l’Europe pour arracher son pays à la colère des
Turcs. Les puissances exigèrent, avant d’accorder leur
médiation, la signature d’un armistice, le rappel du colonel
Vassos qui était toujours en Crète, la reconnaissance de
T autonomie crétoise par le gouvernement hellénique. Après
quelques jours d’hésitation, la Grèce en passa par ces con
ditions. Grâce à l’action des ambassadeurs à Constantinople,
le sultan consentit à faire cesser les opérations de guerre.
Le 21 mai, les hostilités furent suspendues sur toute la
ligne en avant de Domokos ; le 26 mai, les derniers soldats
grecs et les derniers canons furent embarqués et ramenés
de Crète au Pirée. Aussitôt les derniers chefs de l’insurrection
crétoise reconnurent l’autonomie assurée à leur patrie. La
Grèce remit son sort entre les mains des six grandes puis
sances. 'i
Les gouvernements européens ont eu de la peine à s’en
tendre sur l’organisation de l’autonomie crétoise ; ils ont
été préoccupés d’abord davantage des conditions de la paix
gréco-turque. Ils ont ouvert de longues négociations sur la
domination d’un gouverneur général. Ils ont cherché en
E. Driault. — Question d’Orient. 18