Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

*  330  EN  AFRIQUE.  —  LA  QUESTION  DU  NIL  ET  DU  NIGER.
Goblet  ne  voulait  pas  risquer  un  grave  conflit  diplomatique
avec  l'Italie.
Tout  cela  fortifiait  le  gouvernement  italien  dans  la  pensée
de  protéger  son  influence  exclusive  en  Éthiopie.  11  envoya
auprès  du  négus  le  comte  Antonelli  ;  on  ne  put  s’entendre  :
Ménélik  exigeait  la  suppression  pure  et  simple  de  l’article  17,
et  même  voulait  remettre  en  discussion  les  frontières
vaguement  indiquées  par  le  traité  d’Ucciali,  et  encore
demandait  un  débouché  sur  la  mer  Rouge.  Après  de  longues
et  vaines  négociations,  le  comte  Antonelli  se  sépara  de
Ménélik  sans  avoir  rien  obtenu.  Dans  une  lettre  adressée  à
tous  les  souverains  de  l’Europe,  le  négus  indiqua  les  limites
exactes  de  son  empire  et  ajouta  avec  quelque  fierté  :  «  Je
n’ai  point  l’intention  d’être  spectateur  indiilerent  si  des
puissances  lointaines  se  présentent  avec  l’idée  de  se  partager ­
  l’Afrique,  l’Éthiopie  ayant  été  pendant  quatorze  siècles
une  île  de  chrétiens  au  milieu  de  la  mer  des  païens  ».  Le  11
mai  1893  enfin,  il  adressa  au  gouvernement  italien  la  dénonciation ­
  du  traité  d’Ucciali,  dans  les  conditions  prévues  par
l’article  16  de  cet  acte.  L’empire  colonial  de  l’Italie,  dont
l’Éthiopie  formait  le  noyau  essentiel,  s’écroulait.
Elle  se  décida  à  la  guerre,  en  confia  la  direction  au  général ­
  Baratieri,  et  lui  donna  environ  vingt  mille  hommes.  11
ne  nous  convient  pas  d’entrer  dans  le  détail  des  opérations
militaires  qui,  dans  l’ensemble  de  ces  événements  historiques, ­
  n’occupent  que  quelques  mois.  Leur  importance  sans
doute  paraîtra  moins  grande  dans  l’éloignement  nécessaire
au  jugement  impartial.  Elles  se  partagent  en  deux  périodes  :
le  général  Baratieri  n’eut  d’abord  en  face  de  lui  que  les
troupes  du  ras  Mangascia  ;  il  les  battit.  —  Il  fut  battu  lorsqu’il ­
  eut  à  lutter  contre  toutes  les  forces  du  négus.
En  décembre  1894,  il  somma  Mangascia  de  licencier  l’armée ­
  qu’il  concentrait  sur  le  Mare  b  supérieur.  Le  ras  refusa.
Baratieri,  dans  une  brillante  campagne,  le  vainquit  le  13
janvier  1895  à  Coatit,  le  16  à  Sénafé,  obtint  l’amitié  du  ras
Agos,  entra  le  25  mars  dans  la  forteresse  d’Adigrat,  se
trouva  maître  du  Tigré.  Il  poussa  même  ses  avant-postes
jusqu’à  Makallé,  Antalo,  vers  le  lac  Ascianghi,  dans  la
direction  du  Choa,  en  tournant  le  Godjam  par  la  crête  des
montagnes.  Il  alla  faire  dans  l’été  une  tournée  triomphale
en  Italie,  en  revint  avec  de  nouvelles  troupes.
Cependant  Ménélik  conduisait  une  expédition  de  pillage
dans  le  pays  des  Gallas.  Après  un»  b''”cherie  sanglante  rni
            
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