Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

70

LE  GRAND  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.

Le  personnage  de  Napoléon,  en  Orient  comme  ailleurs,
domine  les  premières  années  du  xix®  siècle.  Le  Levant,
l’Égypte,  l’Inde  entrèrent  dans  ses  desseins  comme  l’Italie
et  l’Allemagne.  Inquiet  de  tous  les  problèmes,  il  pensa  résoudre ­
  celui-ci;  il  en  agita  tous  les  éléments,  il  en  indiqua
les  solutions,  il  en  montra  toute  la  complexité.
Certes  il  serait  excessif  d’affirmer  que  la  question
d’Orient  fût  le  nœud  de  sa  politique  :  il  fut  plus  souvent
préoccupé  de  l’Allemagne,  de  l’Italie,  ou  de  la  lutte  contre
l’Angleterre.  Mais  c’est  précisément  par  l’Orient  qu’il  pensa
atteindre  son  inabordable  ennemie,  et  par  suite,  il  ne
le  quitta  jamais  des  yeux  ;  il  y  édifia  ses  combinaisons  politiques ­
  les  plus  aventureuses  sans  doute,  mais  aussi  les  plus
géniales.  Il  y  porta  ses  vues  dès  ses  premières  victoires
en  Italie;  il  y  poursuivit  les  Anglais  à  travers  l’ancien
continent;  il  y  brisa  sa  fortune.  C’est  en  ce  sens  qu’il  put
concevoir  un  moment  l’idée  de  la  domination  universelle ­
  ;  c’est  bien  à  Constantinople  qu’il  plaça  le  centre  du
monde.
On  dirait  qu’il  s’est  cru  comme  exilé  dans  l’Occident,
que,  se  reconnaissant  de  la  race  des  conquérants  de  l’Asie,
il  y  voulut  sans  cesse  retourner.  Par  deux  fois,  il  pénétra
dans  cet  Orient  mystérieux  pour  y  saisir  la  gloire  ;  par
deux  fois,  de  l’Égypte  et  de  la  Russie,  il  fut  rejeté  â
l’ouest.  Qui  sait  si  l’impossibilité  de  suivre  les  traces
d’Alexandre  le  Grand  ne  fut  pas  parmi  ses  grandes  douleurs ­
  ?  N’expliquerait-elle  pas  en  partie  son  ambition
toujours  insatiable?
Peut-être,  si  la  réalité  de  ses  projets  ne  se  trouvait
par  là  comme  embrumée  dans  les  rêves  d’une  imagination
sans  cesse  en  travail,  faudrait-il  chercher  dans  cette  histoire ­
  les  plus  beaux  traits  de  son  intelligence  politique.  Du
moins,  à  le  suivre  à  Venise  et  Ancône,  au  Caire  et  à  Saint-Jean-d’Acre,
  à  Vienne  et  Moscou,  tout  autour,  mais  toujours ­
  à  distance  de  Constantinople  et  de  l’Asie  antérieure,
fasciné  et  impuissant,  on  rencontre  les  scènes  les  plus  dramatiques ­
  de  sa  carrière.
I.  —  Les  approches  ;  Bonaparte  en  Egypte  ;  les  Anglais
dans  rinde.
Dès  que  la  Convention  eut  délivré  la  France  de  l’invasion
étrangère  et  qu’elle  eut  le  loisir  de  regarder  au  delà  des
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.