Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

72

LE  GRAND  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.

sultan  et  tout  le  monde,  et  compromit  la  situation  de  son
gouvernement.
Le  général  Aubert-Dubayet,  qui  le  remplaça  bientôt,  fut
plus  habile.  Très  droit,  très  ferme  et  très  prudent,  il  exerça
vite  sur  la  Porte  une  grande  influence  ;  il  obtint  le  rétablissement ­
  intégral  des  capitulations  de  1740.  Comme  il  était
l’un  des  meilleurs  soldats  de  la  République,  qu’il  s’était
illustré  au  siège  de  Mayence,  il  excitait  une  vive  admiration.
Le  sultan  lui  demanda  des  ingénieurs,  des  officiers  instructeurs, ­
  des  ouvriers  d’artillerie,  des  canonniers  et  des  canons, ­
  et  le  chargea  de  former  les  Turcs  aux  nouvelles
méthodes  militaires.  Sous  la  direction  du  général,  il  y  eut
déjà  un  corps  de  800  canonniers  turcs,  une  cavalerie  tur^
que  exercée  à  la  française,  et  une  infanterie  armée  de  fusils
français,  manœuvrant  comme  les  grenadiers  de  l’armée  de
Sambre-et-Meuse.  On  l’appela  l’infanterie  des  nizamgediites
  ou  de  la  nouvelle  ordonnance.
Mais  le  Directoire  eut  ensuite  une  politique  provocante
qui  inquiéta  la  Porte.
Bonaparte,  maître  de  l’Italie  après  la  prise  de  Mantoue
et  pendant  les  négociations  du  traité  de  Campo-Formio,
songe  à  ses  destinées  :  il  faut  abattre  l’Angleterre,  pour
cela  conquérir  la  Méditerranée,  prendre  Gibraltar  et  Malte,
occuper  l’Égypte,  accomplir  «  le  rêve  qui,  depuis  les  croisades, ­
  hante  les  imaginations  françaises  ^  ».  —  «  C'est  en
vain,  écrit-il  alors  au  Directoire,  que  nous  voudrions  soutenir ­
  l’empire  de  Turquie  ;  nous  verrons  sa  chute  de
nos  jours.  »  Aussi  attribue-t-il  une  importance  spéciale
à  la  possession  d’Ancône  et  des  îles  Ioniennes,  «  stations
naturelles  sur  la  route  du  Levant  ».  Il  va  jusqu’à  dire,  dépassant ­
  peut-être  sa  pensée  ;  «  Les  îles  de  Corfou,  de  Zante
et  de  Céphalonie  sont  plus  intéressantes  pour  nous  que
toute  ITtalie  ensemble.  »
Il  adresse  une  lettre,  le  30  juillet  1797,  au  chef  des  Maïnotes,
  «f  ces  dignes  descendants  de  Sparte,  le  seul  peuple  de
l'ancienne  Grèce  qui  ait  su  conserver  sa  liberté.  »  Quelques
mois  après,  il  écrira  à  Ali,  pacha  de  Janina,  en  l’appelant
«  mon  très  respectable  ami,  »  et  lui  enverra  un  de  ses  aides
de  camp,  pour  lui  faire  «  certaines  ouvertures  ».
Le  traité  de  Campo-Formio,  le  17  octobre  1797,  à  l’imitation ­
  des  traités  de  partage  de  la  Pologne,  opéra  le  dé
i.  Sorel,  Bonaparte  et  Hoche  en  1797,  p.  93.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.