Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

14  LE  GR>XD  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.
sormais  la  décadence  des  Turcs  était  irrémédiable,  il  était
naturel  que  la  circulation  se  rétablît  par  le  Levant.  II  s’agissait ­
  donc  en  tout  cela  des  plus  graves  intérêts,  non  pas
seulement  de  donner  à  la  France  une  part  de  l’empire  ottoman ­
  et  de  maintenir  l’équilibre  que  la  décadence  de  cet
empire  pouvait  compromettre,  mais  encore  de  lui  garantir
la  domination  de  la  Méditerranée  au  moment  où  cette  mer
redevenait  le  centre  de  l’ancien  monde.
Le  23  Germinal  an  VI  (12  avril  1798),  un  arrêté  du  Directoire ­
  chargea  Bonaparte,  nommé  général  en  chef  de
l’armée  d’Orient,  de  prendre  l’Égypte  ;  il  devait  aussi  faire
couper  l’isthme  de  Suez  et  a  assurer  la  libre  et  exclusive
possession  de  la  mer  Rouge  à  la  République  française  ».  Il
devait  enfin  maintenir,  autant  que  possible,  une  bonne  intelligence ­
  avec  le  Grand  Seigneur  et  ses  sujets  immédiats.
Les  agents  diplomatiques  de  la  France  à  Constantinople
furent  en  effet  chargés  de  témoigner  au  sultan  les  bons
sentiments  du  Directoire  :  on  ne  prétendait  pas  lui  prendre
une  de  ses  plus  riches  provinces;  on  voulait  seulement
châtier  la  milice  des  Mameluks,  qui  était  à  son  égard  très
indocile.  Malheureusement  le  général  Aubert-Dubayet  venait ­
  de  mourir,  et  toute  son  influence,  toute  son  éloquence
n’auraient  pas  été  superflues  pour  convaincre  le  sultan  que
l’expédition  d’Égypte  était  une  marque  de  l’amitié  que  le
gouvernement  de  la  République  française  ne  cessait
d’éprouver  pour  lui.  Le  sultan  eut  le  mauvais  esprit  de  s’en
formaliser,  à  l’instigation  des  Anglais,  qui  ne  perdirent
pas  cette  occasion  de  nous  nuire  et  de  se  défendre.
L’expédition  d’Égypte  fut  le  premier  fait  important  de  la
nouvelle  et  terrible  lutte  qui  s’engageait  entre  la  France  et
l’Angleterre.
L’armée  française  partit  de  Toulon  le  19  mai.  Bonaparte
l’avait  appelée,  dans  une  proclamation  à  ses  soldats,  «  l’une
des  ailes  de  l’armée  d’Angleterre  ».  L’amiral  anglais  Nelson
crut  qu’elle  allait  passer  par  le  détroit  de  Gibraltar  et  se
disposa  à  l’en  empêcher.  Cependant  la  flotte  française
vogua  vers  l’est,  toucha  Malte.  L’île  fut  enlevée  aux  chevaliers ­
  de  Saint-Jean  presque  sans  lutte,  le  10  juin,  et
Vaubois  y  fut  laissé  avec  une  petite  garnison.  Bonaparte
débarqua  à  Alexandrie  le  1"  juillet;  la  ville  lui  fut  abandonnée. ­
  Il  marcha  aussitôt  sur  le  Caire;  ses  soldats  endurèrent ­
  de  terribles  souffrances  dans  la  traversée  du  désert
de  Damanhour,  et  faillirent  se  laisser  démoraliser:  quel-
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.