Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LE  GRAND  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.

tent  de  sa  participation  à  la  seconde  coalition,  nourrissait
à  l’endroit  du  premier  Consul  une  vive  admiration.  Les
deux  amis  formèrent  alors  contre  l’Angleterre  le  premier  de
ces  grands  projets  dont  la  réalisation  n’a  jamais  pu  être
poursuivie,  mais  qui  sont  comme  une  éclatante  lumière
jetée  sur  l’avenir.
Ils  se  rendaient  compte  que  l’Angleterre  était  vulnérable
dans  l’Inde,  où  sa  domination  était  à  peine  assise.  Ils  y
voulaient  conduire  une  expédition  qui  soulèverait  au  passage ­
  tous  les  peuples  de  l’Iran  et  du  Turkestan,  et  les  jetterait ­
  dans  la  vallée  de  l’Indus  en  une  masse  aussi  irrésistible ­
  que  jadis  celle  des  conquérants  mongols.  L’amiral
Knorring,  à  la  tête  des  Cosaques  du  Don  et  de  10.000  réguliers, ­
  partirait  d’Orenbourg  et  passerait  par  le  Turkestan,
Khiva,  Boukhara,  dans  la  direction  du  Haut-Indus.  35.000
Français,  sous  le  commandement  de  Masséna,  descendraient
la  vallée  du  Danube  jusqu’à  la  mer  Noire,  débarqueraient  à
Taganrog,  gagneraient  de  là  la  mer  Caspienne  avec  35.000
Russes,  atteindraient  la  Perse,  puis  Hérat,  Kandahar  et
rejoindraient  Knorring  à  l’entrée  de  l’Inde.  Ils  emmèneraient ­
  avec  eux  un  grand  nombre  de  savants,  destinés  à
former  une  sorte  d'institut  de  l’Inde,  et  à  renouveler,  en
retrouvant  ses  origines,  la  vieille  civilisation  hindoue.  L’expédition ­
  fut  réglée  dans  ses  moindres  détails  ;  le  tsar
comptait  vingt  jours  pour  la  descente  du  Danube,  cinquantecinq
  ensuite  pour  arriver  en  Perse,  puis  quarante-cinq  pour
gagner  l’Indus  :  en  tout,  quatre  mois  environ.  Les  Fra:ico-Russes
  devaient  entreprendre  la  conquête  de  l’Inde  vers  la
fin  de  juin  1801.  Déjà  l’amiral  Knorring  avait  appelé  sous
son  commandement  de  nombreuses  tribus  de  Cosaques,  et
il  avait  franchi  la  Volga,  lorsque  l’assassinat  de  Paul  I",  le
24  mars  1801,  arrêta  tout.
Bonaparte  ne  put,  par  cette  gigantesque  diversion,  sauver ­
  l’Égypte.  Les  Anglais  y  avaient  débarqué  20.000
hommes.  Menou  fut  battu  à  Canope,  le  21  mars.  Le  général
Belliard  capitula  au  Caire  le  25  juin,  et  Menou  lui-même  à
Alexandrie,  le  2  septembre.  Les  dernières  troupes  françaises ­
  furent  rapaü-iées.
Pitt  avait  été  renversé  du  ministère.  Son  successeur
Addington  se  montra  mieux  disposé  à  la  paix,  que  l’Angleterre, ­
  victorieuse  sur  mer,  pouvait  signer  à  d’honorables
conditions.  Elle  fut  conclue  à  Amiens,  le  27  mars  1802.
L’Égypte  fut  rendue  au  Sultan;  les  Anglais  s’engagèrent  à
            
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