CHAPITRE XXIII
Les arrêtés allemands contre les chômeurs
La politique du Gouvernement général allemand à l'égard du
chômage des ouvriers belges se révèle d’une façon extrèmement
claire quand on se rappelle la suite de ses actes.
Déjà dans le premier semestre de 1915, le Comité National, se
rendant aux vœux de beaucoup d’industriels belges, tente de rendre
quelque vie à l’industrie en négociant avec les Alliés, spécialement
avec l’Angleterre, la possibilité d’importer des matières premières
pour l’industrie. Il ne fut jamais question d'essayer de replacer l’in-
dustrie belge dans une situation comparable à celle qu’elle avait avant
la guerre ; mais il s'agissait simplement d’entretenir une partie de
la population ouvrière au travail de façon à ne pas lui faire perdre
toutes ses qualités productrices. Naturellement, l’Angleterre ne con-
sentait à l’importation de matières premières et à l’exportation de
produits fabriqués avec ces matières que sous la condition qu’elles
ne servent pas les intérêts allemands. On imaginait donc des mesures
de précaution et de contrôle.
Au moment où les négociations prirent une forme concrète (1)
on devait organiser à Bruxelles, un « Comité Industriel » composé des
représentants les plus qualifiés des grandes industries belges, qui
devait être placé, comme le Comité National, sous la protection et
le patronage des Ministres des Puissances neutres. Ce Comité eût été
collectivement responsable des usines remises en activité. Toute
la production de chaque usine agréée par le Comité devait être expor-
tée. Toute la matière première employée devait venir d'outre-mer ou
être d’origine belge. Le Gouvernement allemand devait s’engager à
ne pas réquisitionner ou acheter la matière première, les marchandises
manufacturées, les sous-produits, l’outillage et les machines de ces
usines. Il devait en outre s'abstenir d’obliger ces usines à travailler
d’une façon quelconque pour l’occupant ni à intervenir en rien auprès
de leur personnel.
(1) Voir E. PasseLECQ, Les Déportations belges à la lumière des documents allemands,
p. 292 et suivantes, et dans la présente collection, J. PIRENNE et M. VAUTHIER,
Législation et Administration allemandes en Belgique (1914-1918), 2° partie, ch. qI!;
La Politique allemande en matière industrielle, et CH. DE KERCHOVE, Op. cit, ch. III,
$ 2, Rejet des propositions alliées pour favoriser l’exportation.