Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’EMPIRE  OTTOMAN.

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menacés  par  les  Russes  depuis  la  destruction  du  camp  de  la
Horde  d’or,  se  rattachent  aux  Turcs  et  sont  les  vassaux  du
sultan.  Toute  la  mer  Noire  est  donc,  comme  la  Méditerranée
orientale,  un  lac  ottoman.
Cette  puissance  pourtant  fait  peut-être  illusion.  Soliman, ­
  en  1565,  échoue  assez  misérablement  devant  Malte  ;
l’empire  ottoman  ne  franchira  pas  cette  borne.  Héritier  de
l’empire  byzantin,  il  en  prend  complaisamment  les  vices  ;
il  en  garde  la  sacro-sainte  hiérarchie,  la  rigoureuse  étiquette, ­
  la  complication  administrative,  qu’il  exploite  au
mieux  pour  pressurer  ses  sujets  et  fournir  aux  frais  exorbitants ­
  du  palais  et  du  harem.  Car  il  conserve  aussi,  en  les
aggravant  des  mollesses  orientales,  les  mœurs  relâchées  de
la  cour  de  Byzance.  Sous  Soliman  même,  le  harem  est  puissant ­
  dans  le  gouvernement;  les  grands  vizirs  succombent
vite  dans  les  intrigues  qui  s’y  entrecroisent  ;  et  Roxelane
la  Rieuse,  une  Russe  envoyée  à  Constantinople  par  les  Tartares
  qui  l’ont  enlevée,  bouleverse  l’État  et  en  compromet
l’intérêt  pour  satisfaire  ses  caprices  et  assurer  le  trône  à
ses  fils.
Les  Turcs  vainqueurs  ne  peuvent  se  fondre  avec  les  peuples
vaincus  ;  les  différences  de  races  et  de  religions  sont  trop
profondes.  Ils  ne  le  cherchent  pas.  Ils  lèvent  sur  leurs  provinces ­
  tous  les  impôts  qu’elles  peuvent  fournir,  et  surtout
cette  effroyable  dîme  des  jeunes  gens  enlevés  pour  le  recrutement ­
  des  janissaires.  Sauf  cela,  ils  laissent  aux  populations ­
  sujettes,  non  par  bienveillance  mais  par  dédain,  leurs
habitudes  et  une  sorte  d’autonomie;  il  y  a  toujours  à  Constantinople ­
  un  patriarche  orthodoxe  et  le  sultan  confirme
son  élection.  La  Moldavie,  la  Valachie,  la  Transylvanie  sont
des  États  vassaux  qui  paient  seulement  un  tribut  et  dont
es  princes  reçoivent  Leur  investiture  du  sultan.  Les  montagnards ­
  du  Montenegro  et  de  l’Albanie  sont  indépendants  de
fait  et  le  resteront.  Les  Grecs  quittent  en  grand  nombre
leur  pays  et  font  le  grand  commerce  de  la  Méditerranée  ;
ils  s’y  enrichiront  et  y  trouveront  des  ressources  pour  les
futures  luttes  de  l’indépendance.  Les  populations  des  plaines
sont  les  plus  malheureuses  ;  elles  supportent  tout  le  lourd
poids  du  joug  ottoman,  et  leurs  souffrances  entretiennent
de  Siècle  en  siècle  la  haine  du  Turc.  Sélim  le  Féroce  en
avait  compris  le  danger  ;  sentant  l’union  impossible  entre
vainqueurs  et  vaincus,  il  avait  songé  à  assurer  l’avenir  en
massacrant  tous  les  chrétiens  de  son  empire  ;  il  n’osa  appli-
            
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