Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HONGRIE 
— Je vois que vous avez emporté votre costume, dis-je à M. Quiquercz, 
eu soulevant une longue tunique de flanelle blanche suspendue au mur. 
— Oui, et voici mon fusil et mes pistolets. Au Monténégro, un homme 
qui sort sans armes est aussi déshonoré que s il se promenait avec sa femme. 
L’heure s avançait; je fis part à M. Quiquerez de mon intention d aller 
voir la foire. 
— Mais je vais vous accompagner, me dit-il . 
Deux minutes après, nous étions dans la Marovska-lllica, large rue bordée 
d’un côté de grandes constructions modernes , et de l’autre de maisons 
basses et si petites qu elles pourraient tenir dans une boîte de jouets de 
Nuremberg. D un caractère primitif, percées de deux fenêtres seulement, 
elles sont restées ce qu elles étaient, alors qu’Agram était une forteresse 
chrétienne opposée à l’envahissement des Turcs, et que les maisons devaient 
en quelque sorte se pelotonner et s’accroupir derrière les remparts. 
Dans cette rue, F animation était extrême. 
A chaque pas nous étions arrêtés par des attelages que conduisait un 
cocher à cheval, aux culottes bouffantes, coiffé d’un petit chapeau chamarré 
de plumes multicolores, par des troupeaux de bœufs, de vaches et de mon 
tons, par des bandes de porcs qu’un paysan chassait devant lui, le fouet à 
la main, la pipe à la bouche, son parapluie rouge sous le bras; en tête, une 
truie, laissant pendre jusqu’à terre la dentelle de ses mamelles, marchait en 
grognant, environnée de sa progéniture en robe de soies roses, aux petits 
pieds chaussés de bas blancs tachetés de noir. Plus loin, c’était une femme 
a la chemise relevée sur ses jambes, et qui suivait, armée d une gaule, une 
procession d’oies dressant leur cou de serpent et sonnant de la trompette. 
Au bout de la rue, nous nous arrêtâmes devant une auberge fort origi 
nale, qui avait conservé presque intacte sa vieille apparence rustique, et 
dont la cour était encombrée d’un curieux assemblage de chars, de chariots 
et de véhicules divers, les brancards en l’air, dressés comme une forêt de 
mâts. Les écuries s’allongeaient à gauche ; ou voyait par leurs portes 
ouvertes une longue file de chevaux agitant leur queue en guise de chasse- 
mouches. Des palefreniers nu-tête et nu-pieds, les manches de la chemise 
relevées sur leurs bras poilus, aux veines saillantes, les pantalons retroussés 
au-dessus du genou, entassaient avec des fourches du fumier fumant. Les 
chevaux qui n’avaient pu trouver place dans les écuries étaient attachés 
par le licou aux ridelles des chars et mangeaient du foin. Les bœufs s’étaieid 
couchés et ruminaient devant les débris d’un tas de feuilles de mais vertes. 
Des poules picoraient autour d’eux, tandis que des pigeons plus timides 
allaient et venaient d’un air impatient le long du toit, couvant d’un œil
	        
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