LES APPROCHES.
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restituer Malte aux chevaliers de Saint-Jean. La France
s’engagea à évacuer les ports qu’elle occupait dans le
royaume de Naples; elle renonçait aux lies Ioniennes qui
devaient former la République des Sept-Iles, sous le pro
tectorat de la Porte et de la Russie. Les grands projets de
Bonaparte sur la Méditerranée étaient renversés : l’Orient
lui échappait. Mais il n’avait pas dit à cet égard son dernier
mot.
Tout en détournant avec grand succès, et aussi avec le
concours des circonstances, les entreprises dirigées contre
eux, l’expédition d’Égypte ou le plan franco-russe d’une
part, et bientôt d’autre part la menace du camp de Bou
logne, les Anglais fortifiaient avec une énergie infatigable
leur établissement dans l’Inde, et y accomplissaient des
conquêtes aussi considérables et plus durables que les plus
étonnantes de l’épopée napoléonienne.
Warren Hastings, jusqu’à sa retraite en 1785, avait
achevé la soumission du Carnatic et de la côte des Circars
récemment enlevés à la France ; il avait étendu le Bengale
jusqu’à Bénarès. De ces deux points de départ, ses succes
seurs continuèrent la conquête du Dekkan et celle du bas
sin du Gange. Des deux côtés, ils ne rencontrèrent pas
seulement les petits souverains indigènes, mais auprès
d’eux un grand nombre d’officiers et d’aventuriers français,
héritiers de la pensée de Dupleix et de Bussy. Le plus
illustre fut le Savoisien Benoît de Boigne, ce « magicien
qui faisait des canons avec des pierres, du riz avec du sable,
des héros avec des Hindous, » et qui fut, entre 1785 et
1794, le principal instrument de la puissance du Sindhia
des Mahrattes, souverain des pays du Gange supérieur et
de la Djemma, protecteur du Grand Mongol de Delhi. A ce
point de vue, les guerres des Anglais dans l’Inde sont
comme un épisode de leur grande lutte contre la France.
Lors de la guerre de l’indépendance américaine, le bailli
de Suffren avait trouvé un allié dévoué dans le sou
verain du Mysore, l’usurpateur Haïder-Ali: la conclusion
hâtive du traité de Versailles avait empêché que cette
alliance portât tous ses fruits. Haïder-Ali n’en était pas
moins un dangereux voisin pour les Anglais. Après lui, son
fils Tippoo-Sahib leur voua la même haine et attira sur le
Mysore les armes de Lord Cornwallis, le successeur de War
ren Hastings. Dans une première guerre, de 1790 à 1792,
les Anglais lui prirent Bengalore, le vainauirent à Arikéra