LES ENTREPRENEURS 3
On peut même assurément citer des profits dus à la spolia-
tion — soit celle des ouvriers, soit celle des consommateurs,
et ce ne sont pas seulement les socialistes mais un prédica-
teur, Bourdaloue, qui parlait de ces fortunes « à l’origine
desquelles on trouve des choses qui font frémir »
D'ailleurs pourquoi s'en étonner ? Ne savons-nous pas que
la valeur des choses est déterminée par des causes indépen-
dantes de toute appréciation normative ? et ceci est vrai de
tout producteur.
Mais on peut trouver nombre d’autres cas où tout au con-
traire le profit touché par l'entrepreneur ne représente
qu’une bien faible part de l’enrichissement qu’il a procuré à
le société. Au reste, toutes les fois que le profit tient à une
économie réalisée sur le coût de production, en ce cas loin
d’impliquer un prélèvement parasitaire sur les consomma-
teurs ou sur les ouvriers, il implique un profit bien plus
grand encore pour la nation que pour l’entrepreneur. En
ce cas, l’entrepreneur ne garde généralement sous forme de
profit qu’une faible partie de l’économie réalisée ; ct même
cette juste rémunération ne tarde pas à lui être arrachée
des mains par l’action de la concurrence, en sorte que ce
qui était d’abord un coût de production minimum pour lui
seul devient bientôt le coût de production normal.
Si au lieu de nous attacher à des cas isolés nous embras-
sons l’ensemble des profits dans une société ou même seule-
ment dans une industrie, on n’a plus l’impression qu’ils
soient démesurés. Ils ne représentent même qu’un prélève-
ment assez faible sur la valeur totale des produits (1).
(1) En 1907 une enquête fut faite en Angleterre sur les bilans des grandes
industries, mines et chemins de fer, Elle donna les chiffres que voici :
Salaires.…......... 446 millions livres 66 p. 100.
Rentes et loyers: 31 > 4,55 —
intérêts... .:...+.. 104 — 15 —
Profits. +: 4-97 — 14,5 —
678 too,0
Donc si les profits, 97 millions livres étaient restitués en entier aux sala-
riés, l'augmentation pour ceux-ci seraient de moins de 1/4 (2 fr. 20 pour un
salaire de 10 francs).
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