CHAP. V. — DES SALAIRES. 69
Ainsi une nation peut posséder plus de subsistances et de vêtements ;
mais cette augmentation peut provenir de l’emploi des machines,
sans qu il y ait aucune augmentation, et même avec diminution
réelle dans la quantité proportionnelle de travail nécessaire à leur
production. La masse de capital peut s’accroître sans qu’il augmente
de valeur, soit dans sa totalité, soit dans une de ses parties.
Dans le premier cas, le prix naturel des salaires haussera; car il
est toujours réglé par le prix de la nourriture, de l’habillement et
des autres objets nécessaires. Dans le second, il restera stationnaire,
ou il baissera : mais, dans l’un comme dans l’autre cas, le prix courant
des salaires doit monter; car la demande des bras augmentera en rai
son de l’augmentation du capital. Plus il y aura d’ouvrage à faire,
plus on aura besoin d’ouvriers.
Dans les deux cas, le prix courant du travail montera même au-
dessus de son prix naturel, ou tendra à s’en rapprocher; mais c’est
surtout dans le premier que se manifestera cet accord des deux
prix. Le sort de l’ouvrier sera amélioré, mais faiblement ; car la cherté
des vivres et des autres objets de nécessité absorbera une grande par
tie de son salaire, quoiqu’il soit plus fort. Par conséquent le manque
de travail ou une légère augmentation de la population auront l’effet
de réduire bientôt le prix courant du travail au taux naturel mo
mentanément élevé.
Dans le second cas, le sort de l’ouvrier s’améliorera singulièrement ;
il recevra un bien plus fort salaire en argent, tandis qu’il pourra
acheter les objets dont il a besoin pour lui et pour sa famille aux mê
mes conditions, et peut-être même à plus bas prix ; et il faudra qu’il
y ait un grand surcroît de population pour ramener de nouveau le
prix courant du travail à son prix naturel déprécié.
C est donc ainsi que toute amélioration dans la société, et toute
augmentation de capital feront hausser le prix courant des salaires;
mais la permanence de cette hausse dépendra d’un accroissement si
multané dans le taux naturel, et cette hausse tient à son tour à cÆlle
qui survient dans le prix naturel des denrées à l’achat desquelles
l’ouvrier emploie son salaire.
On aurait tort de croire que le prix naturel des salaires est absolu
ment fixe et constant, même en les estimant en vivres et autres arti
cles de première nécessité; il varie à différentes époques dans un
même pays, et il est très-différent dans des pays divers*. Cela tient
L abri, le vêtement indispeusabtes dans un pays peuvent ne l’être pas dans