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L’INDÉPENÜANCE DE LA GRÈGE.
I. — La renaissance de la Nationalité grecque.
La Renaissance des nationalités, fruit naturel des idées
révolutionnaires venues de France, et plus encore de la
décadence ottomane, allait devenir à la question d’Orient la
solution la plus, naturelle et pourtant la moins prévue par la
diplomatie européenne. C’est que, conduite par des souve
rains de droit divin, il lui fut difficile pendant longtemps
de se faire à cette solution, funeste à ses intérêts, contraire
à ses principes. A peine, à la fin du siècle, y montre-t-elle
quelques dispositions favorables ; et les nationalités chré
tiennes des Balkans, héritières légitimes de l’empire otto
man, mieux que cela, légitimes maîtresses des pays occu
pés jadis par les Turcs et indignement exploités par eux
pendant des siècles, n’ont fait reconnaître leur droit à
l’existence qu’à travers les plus égoïstes intrigues des
grandes puissances ; elles n’ont dû le plus souvent leur
indépendance qu’à l’opposition des intérêts de leurs préten
dus protecteurs. La Grèce en fit la première expérience, et
si elle rencontra, de l’Angleterre à la France et à la
Russie, de vives sympathies et de beaux dévouements, elle
n’obtint des gouvernements qu’un concours tardif et
qu’une demi-satisfaction.
Elle fut, parmi les nationalités effacées pendant des
siècles sous l’oppression musulmane, la première à repa
raître, et dès le début avec le plus de relief, à cause des
souvenirs classiques que la civilisation occidentale avait
cultivés, à cause de son éloignement de Constantinople, à
cause de sa situation maritime favorable à sa liberté, à
cause surtout de sa personnalité fortement marquée depuis
l’antiquité et toujours vivante à travers les générations
qu’elle avait formées. Dans le temps même où la flotte de
Catherine II réveillait les espérances des Grecs, Coral adap
tait les formes anciennes de la langue grecque à sa pro
nonciation nouvelle, créait le grec moderne écrit, en
faisait une langue littéraire, comme pour rendre la voix
à ce peuple qui voulait vivre encore. La ruine de la flotte
turque, la décadence de l’influence française dans le
Levant, la rupture entre la France et la Porte au moment
de l’expédition d’Égypte, la longue guerre entre Napoléon
et l’Angleterre, donnèrent aux Grecs une clientèle com
merciale considérable ; ils furent d’actifs et audacieux mar-