LA DEFAITE DE NAPOLEON.
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Français trop peu dévots; mais ils admiraient l’ordre in
troduit dans le pays, la justice et les impôts égaux pour
tous, les grands travaux publics entrepris partout, ponts
de pierre, routes plantées d’arbres. On prête à l’empereur
François I®'', visitant ce pays après la chute de Napoléon,
et étonné de sa prospérité, ce joli trait : « C’est bien dom
mage que les Français ne soient pas restés ici plus long
temps! »
Sans se préoccuper désormais de s’entendre avec Napoléon
pour le règlement des affaires d’Orient, le tsar poursuivait
la guerre contre la Turquie. 11 avait refusé de ratifier l’ar
mistice de Slobodzié et d évacuer les Principautés; la con
vention d’Erfurt lui en garantit la possession. Mais le sultan
n’y consentit pas et repoussa l’ultimatum que le colonel
Paskiévitch lui apporta en ce sens.
Les hostilités recommencèrent. Elles se traînèrent péni
blement encore pendant trois ans, les Ottomans étant inca
pables sans doute d’une offensive énergique et le tsar sans
cesse distrait par la politique napoléonienne.
En 1809, les Russes ne purent prendre les places du
Danube; ils échouèrent à Brada, Giurgewo, Kraïova. Au
printemps de 1810, le tsar y envoya le général Kamenski,
le conquérant de la Finlande. Il franchit le fleuve parla
prise de Silistrie (juin) ; puis il enleva les retranchements
turcs de Razgrad et attaqua Choumla. De furieux combats
s’engagèrent autour de cette importante position très vi
goureusement défendue. Les Russes remportèrent surtout
la victoire de Batynia (7 septembre), et la plupart des for
teresses du Danube, Nicopolis, Sistova, Routchouk et
Giurgewo, tombèrent en leur pouvoir. La campagne se
termina cependant sans qu’ils pussent s’emparer de
Choumla.
Au commencement de 1811, Kamenski voulut faire un
effort décisif sur cette ville ; mais il fut rappelé avec une
partie de ses divisions. Le tsar, inquiet des armements de
Napoléon, décidé à la guerre, qui faillit éclater en avril de
cette même année, massait le plus de troupes possible à la
frontière du grand-duché de Varsovie. Kamenski fut rem
placé au Danube par Kutusof, avec la mission de combattre
et surtout de négocier au plus tôt avec les Turcs, fùt-ce au
prix des Principautés. Kutusof, pour traiter dans de bonnes
conditions, chercha d’abord quelque succès sur les troupes
ottomanes. Il avait abandonné le siège de Choumla et re-
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