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CHAPITRE V.
L'esprit capitaliste.
Une accumulation de la richesse n’est pas encore une
condition suffisante pour créer une entreprise capitaliste.
Il faut que les détenteurs de cette richesse puissent
la transformer en capital, qu’ils soient imbus de
l’esprit capitaliste.
Il importe de ne pas confondre cet esprit avec le
simple désir du lucre. L’avidité du mandarin chinois,
du vieil aristocrate romain, de l’agrarien moderne,
1 ’auri sacra famés du cocher napolitain n’ont rien de
capitaliste. Ce qui distingue tous ces sentiments de
l’esprit capitaliste ce n’est pas seulement leur traditionalisme
(1), mais aussi le fait que la richesse n’est
pour eux qu’un moyen de consommation ou de thésaurisation.
Pour l’esprit capitaliste au contraire, l’argent
est un instrument de production de l’argent nouveau,
de sa reproduction aussi rapide que possible (2).
(1) Max Weber appelle ainsi leur attachement à la tradition dans son
article “ Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus (Archiv
für Sozialwissenschaft und Sozialpolicik, 1905, 20. Bd. p. 20). — Le
sentiment opposé caractérisant l’esprit capitaliste est, comme Sombart
l’appelle, le rationalisme économique. Voir Archiv für Sozialwissenschaft
und Sozialpolitik 1909. XXIX p. 714-717.
(2) Voir à ce sujet deux chapitres très intéressants dans le « Moderner
Kapitalismus» de Sombart, V.I. p. 378-397. Depuis lors, Sombart a modifié
sensiblement ses idées. Voir son article « Der kapitalistische Unternehmer
» publié récemment dans l’Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik.
1909. vol. XXIX p. 749-738.