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EVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA RELGIQUE
fectionneurs — à New-York par exemple — sont en
train de prendre la corde sur les grands tailleurs ». (1)
Nous voyons donc que l’artisan ne peut plus satis
faire aujourd’hui les exigences de l’art, qui s’est dé
barrassé de la tradition, de la routine et qui devenu
mobile. Le désir de donner une nouvelle force de ré
sistance au métier par l’art ne pouvait naître que
dans des esprits n’ayant jamais analysé les tendances
du goût moderne, ni remarqué son extrême mobilité.
Partout où des goûts nouveaux se manifestent, le
métier cède la place à des organismes plus perfectionnés.
On peut même dire que telle est l’origiue de la manufac
ture. Quand on commença, en France, à préférer le mobi
lier à formes nouvelles et en bois des îles, incrusté ou orné
de bronze, d’écaille ou d’étain aux anciens meubles,
la vieille organisation corporative se montra insuffi
sante. Il fallait pour fabriquer ees objets d’art incrus
tés une organisation nouvelle. Colbert imagina la ma
nufacture (2).
Le métier, peut-on dire, est l'incarnation du tradi
tionalisme ; il ne se maintient que là où celui-ci per
siste. S’il subsiste encore en Angleterre quelques tis
serands à la. main c’est qu’il y a encore dans ce paj r s
quelques vieilles filles qui demandent des courtepoin
tes d’un dessin particulier et sur lesquelles sont tissés
des mots, la plupart du temps des versets de la Bible.
(1) Georges Selliez. Mission industrielle aux Etats-Unis. Rapport du
23 septembre 1908, p. 11.
(2) P. Du Maroussem : La question ouvrière. Ebénistes du Faubourg St
Antoine, 1892, p. 39.